Il y a des phrases qu’on prononce une fois… et qui restent. « À tous les francs-maçons, sur terre, sur mer ou dans les airs… et plus particulièrement à ceux qui souffrent. » Ce n’est pas une formule : c’est une main tendue. Et parfois, cette main vous atteint au pire moment, quand vous êtes loin, seul, épuisé — comme cette nuit sur des bancs d’aéroport, puis ce vol vers Lisbonne. Là-haut, une certitude s’impose : je ne suis pas isolé. Quelque part en dessous, des Frères et des Sœurs pensent à moi. Pas par magie, mais par fidélité. C’est cela, au fond, la Chaîne d’Union : un symbole visible pour une réalité invisible.
On réduit trop souvent la franc-maçonnerie à des clichés (“rituels”, “secrets”, “décors”). Or ce texte rappelle une évidence : elle vit d’abord par l’union, la solidarité, l’attention à l’autre. Les symboles ne sont pas là pour décorer : ils servent à réveiller le sens du lien, le devoir de soutien, la responsabilité de ne pas laisser l’autre tomber.
La Chaîne d’Union, dans la loge, se forme par un geste très simple : bras croisés, mains jointes. Un cercle humain. Un courant. Une promesse muette. Et ce détail est décisif : le nouvel initié devient un maillon dès son admission. Il n’observe pas l’union, il y entre. Il en répond. Plantagenêt le rappelle : tous les francs-maçons, quelle que soit leur origine, forment une seule famille dispersée sur la surface de la terre. Ce n’est pas un slogan : c’est une discipline intérieure — reconnaître l’autre comme mon frère, même s’il est loin, différent, d’un autre rite, d’un autre pays, d’une autre condition.

Un symbole discret dit la même chose : la “bordure dentelée” (le cordon noué) qui entoure le Tableau des Apprentis. Ce cordon est fait de nœuds d’amour et se termine par deux glands. Ragon y voit l’image d’une union sans interruption, une chaîne indissoluble reliant les francs-maçons du monde entier, sans distinction. Wirth précise que ce cordon représente la Chaîne d’Union : même quand la chaîne rituelle n’est pas formée, elle est déjà là, autour du travail, comme un rappel constant qu’on ne bâtit jamais seul.
Le texte avance aussi une idée forte : la chaîne peut ligoter… ou relier. Même objet, deux fonctions. Pour l’homme profane : l’entrave, l’ignorance, la soumission aux automatismes. Pour l’initié : la liaison choisie, la fraternité consentie, la responsabilité partagée. L’union n’est pas une contrainte : c’est un engagement.
Autre symbole concret : la grenade. Ses grains, distincts mais serrés dans une même pulpe, illustrent des individus différents unis par un idéal commun. Elle évoque aussi la charité (le soin), l’humilité (l’effacement du moi), et la fécondité (ce que l’union rend possible). Mais le cœur du message est ailleurs : le plus important n’est pas ce qu’on voit. Les symboles peuvent être exhibés ; les liens fraternels, eux, se prouvent. Une loge tient non par ses ornements, mais par la présence, l’écoute, le soutien, la continuité — jusque dans le souvenir de ceux qui ont rejoint l’Orient éternel, unis par l’esprit, la mémoire et l’héritage transmis.
Enfin, l’auteur rappelle une responsabilité majeure : transmettre. L’unité se maintient ou se perd selon la qualité de l’instruction et de l’exemple. Les Maîtres ont charge d’éclairer l’Apprenti, de transmettre sagesse et traditions, de faire en sorte que la Chaîne d’Union ne soit pas un geste routinier mais un acte conscient. Car une chaîne peut devenir vide si l’intention s’éteint.
Conclusion : la Chaîne d’Union, c’est une phrase silencieuse qui dit “je ne te laisse pas seul”. Un symbole qui rappelle une obligation intérieure : être présent pour l’autre. Et quand cette obligation devient réelle, alors oui : même à 9 000 mètres d’altitude, on peut se sentir “chez soi”.
Texte d’un auteur non identifié (A:.M:.)


