Une figure fondatrice, humble et exemplaire
Selon le James Anderson, auteur du Livre des Constitutions des Francs-Maçons publié en 1723, Anthony Sayer fut le premier Grand Maître de la première Grande Loge formée à Londres en 1717, événement fondateur de la franc-maçonnerie moderne.
Si l’histoire a surtout retenu les noms de savants, d’aristocrates ou de notables, le parcours d’Anthony Sayer rappelle que la franc-maçonnerie s’est construite, dès l’origine, sur des valeurs d’égalité, de mérite et de reconnaissance par les pairs, indépendamment de la condition sociale.

UN FRANC-MAÇON ISSU D’UN MILIEU MODESTE
Né vers 1672, Anthony Sayer était libraire, disposant de revenus modestes. Il vivait à St Giles in the Fields, un quartier populaire situé au nord de Freemasons’ Hall, qui deviendra plus tard le cœur institutionnel de la franc-maçonnerie anglaise.
Il appartenait à une loge se réunissant à l’Apple Tree Tavern, lieu emblématique des premières assemblées maçonniques. Cette loge est aujourd’hui connue sous le nom de Loge de la Force et du Vieux Cumberland.

24 JUIN 1717 : LA NAISSANCE D’UNE GRANDE LOGE
Le 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean-Baptiste, plusieurs loges londoniennes se réunissent pour fonder la Première Grande Loge.
Anthony Sayer, décrit comme un gentleman par ses contemporains, est alors élu Grand Maître pour une durée d’un an, non en raison de son rang, mais de sa probité morale et de la confiance de ses Frères.
Deux ans plus tard, il est nommé Premier Grand Surveillant par le Grand Maître de l’époque, le révérend John Theophilus Desaguliers, figure intellectuelle majeure de la maçonnerie naissante.
DIFFICULTÉS FINANCIÈRES ET DIGNITÉ MAÇONNIQUE
Dans les années 1720, Anthony Sayer connaît de sérieuses difficultés financières, probablement liées à l’effondrement de la Compagnie des mers du Sud, dont il avait acheté des actions — un drame économique qui ruina nombre de Britanniques.
Vers les années 1730, il gagne sa vie comme tuileur, préparant les salles de réunion de la Loge de l’Amitié et de la Loge Old King’s Arms. Accusé à tort de comportement inapproprié, il est convoqué devant la Grande Loge en décembre 1730.
Après examen, il est acquitté, recevant seulement un avertissement formel.
Les archives montrent qu’il sollicita et reçut une aide fraternelle, notamment :
- deux guinées le 2 février 1736,
- une demi-guinée le 3 mars 1740,
- ainsi que plusieurs secours accordés par la Grande Loge.
UNE FIN HONORABLE ET FRATERNELLE
Anthony Sayer s’éteint le 5 janvier 1742, à l’âge d’environ 70 ans. Il est inhumé à l’Église Saint-Paul de Covent Garden.
Son cercueil est accompagné en procession par de nombreux francs-maçons, depuis la Shakespeare’s Head Tavern, sur la Piazza de Covent Garden, jusqu’à l’église.
La Grande Loge accorde à sa veuve, Elizabeth Sayer, une demi-guinée pour subvenir à ses besoins — un geste fraternel représentant environ 70 livres sterling actuelles.
UN SYMBOLE DES VALEURS MAÇONNIQUES
Le parcours d’Anthony Sayer est devenu hautement symbolique dans l’histoire maçonnique :
- un homme issu d’un milieu modeste,
- élevé à la plus haute dignité par l’élection de ses pairs,
- fidèle à l’Ordre malgré l’adversité,
- humble dans la difficulté,
- digne jusque dans la pauvreté.
Il incarne l’idée que la franc-maçonnerie ne se fonde ni sur la naissance, ni sur la fortune, mais sur le caractère, l’engagement et la fraternité vécue.
À bien des égards, il est juste que le premier Grand Maître reflète, par sa vie même, les valeurs fondamentales que la franc-maçonnerie continue de transmettre aujourd’hui.



