La question fait sourire… et pourtant, elle touche juste. Non, un franc-maçon ne reçoit aucune rémunération. Mais il existe, dans notre vocabulaire, une expression troublante : l’« augmentation de salaire ». En langage maçonnique, elle désigne tout simplement le passage à un degré supérieur — non comme une promotion mondaine, mais comme une reconnaissance du travail accompli et une responsabilité élargie.
Car en loge, la hiérarchie n’est pas une échelle de prestige. Elle est, au sens noble, une répartition ordonnée des tâches : apprendre, transmettre, servir. Un Apprenti n’est pas “moins” qu’un Maître ; il est au bon endroit de son chantier. Et un Maître qui oublie d’apprendre n’a plus grand-chose à enseigner.
L’« AUGMENTATION DE SALAIRE » : PAS UN TROPHÉE, UN PROCESSUS
Le malentendu naît quand on confond grade et valeur personnelle. Une progression initiatique n’est ni un dû, ni une course, ni un concours. Les rites fixent des repères, les Ateliers accompagnent… mais la vraie mesure est ailleurs : la qualité de présence, la constance, l’esprit de fraternité, l’effort sur soi.

La loge, elle aussi, a un devoir : ne pas précipiter, ne pas flatter l’ego, ne pas “récompenser” pour faire plaisir. Il n’existe aucun titre plus important que celui-ci : être reconnu comme un Frère (ou une Sœur), et se comporter comme tel.
POURQUOI PARLER DE « SALAIRE » ?
Parce que le mot est chargé. Le terme « salaire » vient du latin salarium, lié au sel : ration, indemnité, solde — notamment associée au sel ou à son achat. Le symbole est magnifique : le salaire n’est pas de l’or, c’est une substance simple… mais essentielle.
Et le sel, justement, fait trois choses :
- il donne du goût (il révèle ce qui est déjà là) ;
- il soigne (il pique, mais il nettoie) ;
- il conserve (il empêche la corruption).
Alors, si un Frère demande une “augmentation de salaire”, qu’il se pose — honnêtement — trois questions :
- Suis-je prêt à travailler davantage, sans exiger d’être applaudi ?
- Suis-je un facteur de paix, capable d’apaiser plutôt que d’enflammer ?
- Suis-je un élément de préservation, ou bien un ferment de division ?
Car la vérité est là : nous devenons notre propre salaire. Si l’on investit dans l’ego, on récolte la sécheresse. Si l’on investit dans le silence intérieur, l’écoute, la rectitude, on récolte une élévation réelle — visible sans être proclamée.
Et c’est peut-être la conclusion la plus percutante : un “salaire” maçonnique qui ne rend pas meilleur, plus fraternel, plus juste… n’est pas un salaire. C’est un costume.
RÉFÉRENCES
- Étymologie de « salaire » (latin salarium, lien avec le sel) — CNRTL.
- Usage maçonnique : en français, l’avancement est parfois exprimé comme « increase of wages » (augmentation de salaire) — A. G. Mackey (ouvrage en ligne).
- Lexique maçonnique : « Augmentation de salaire » = passage au grade supérieur — L’Édifice / lexique.
- Référence biblique sur le symbolisme du sel : Matthieu 5:13.


