La Franc-Maçonnerie aime la tradition. Elle parle aussi volontiers de progrès. Mais dans un monde bouleversé par l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, l’individualisme et l’accélération permanente, une question devient incontournable : que va devenir la Franc-Maçonnerie ?
Certainement pas un musée. Mais pas davantage une start-up initiatique où l’on raccourcirait les rituels pour satisfaire notre obsession du « tout, tout de suite ».
Le véritable défi sera ailleurs : ne pas changer l’essentiel, mais changer notre manière de le vivre.

Car ce que propose la Franc-Maçonnerie devient paradoxalement très moderne. Dans un monde où chacun parle, elle apprend à se taire. Dans un monde où tout va vite, elle impose le temps long. Dans une société où l’on collectionne les « amis » numériques, elle propose encore de véritables rencontres humaines.
Le Temple pourrait ainsi devenir davantage un lieu de décélération, un espace préservé des notifications, des écrans et de l’obligation d’avoir immédiatement une opinion sur tout.
Même nos travaux devront probablement évoluer. L’intelligence artificielle peut déjà rédiger en quelques secondes une excellente planche sur le compas, la pierre brute ou le pavé mosaïque. Mais elle ne peut pas vivre l’initiation à notre place.
L’IA peut expliquer le symbole. Le Franc-Maçon doit le vivre.
La fraternité devra également retrouver toute sa force. Elle ne peut se limiter à quelques messages échangés sur WhatsApp. Visiter, écouter, accompagner, partager une agape, prendre des nouvelles d’un Frère ou d’une Sœur : plus notre société se numérisera, plus cette présence humaine deviendra précieuse.
Enfin, les frontières entre obédiences devront probablement être interrogées. Sur Internet comme dans la vie quotidienne, Frères et Sœurs échangent déjà bien au-delà des divisions institutionnelles. Peut-on prêcher la fraternité universelle tout en multipliant les murs entre Maçons ?
La Franc-Maçonnerie n’a donc pas nécessairement besoin de devenir « moderne ». Elle doit surtout rester vivante.
Elle possède même quelque chose que notre époque est progressivement en train de perdre : du temps, du silence, du symbole, du mystère, de la transmission et de la fraternité.
Le véritable danger ne serait donc peut-être pas que la Franc-Maçonnerie change.
Ce serait qu’elle devienne incapable d’évoluer.
Article inspiré de la planche « La Franc-Maçonnerie dans les années qui viennent », provenant de la Loge Maçonnique « Le Progrès », à l’Orient de Lausanne.


