Il est facile d’entrer en Loge. Plus difficile, parfois, de laisser ses certitudes au vestiaire.
Le franc-maçon aime travailler sur lui-même. Du moins, c’est ce qu’il affirme. Il taille sa pierre, combat ses préjugés, recherche la vérité, pratique la tolérance et rêve d’une humanité meilleure. Voilà pour le programme. Reste à vérifier de temps en temps si les travaux ont réellement commencé.
Car à force de manier le maillet symbolique, certains finissent par oublier que la pierre à dégrossir n’est pas toujours celle du Frère d’en face.
MIROIR, MON BEAU MIROIR…

L’examen de conscience n’est pas particulièrement confortable. Il oblige à remplacer une question très répandue — « Qu’est-ce qui ne va pas chez les autres ? » — par une autre nettement plus désagréable : « Et moi, dans tout cela ? »
Suis-je réellement plus tolérant depuis mon initiation ? Est-ce que j’écoute celui qui ne pense pas comme moi ou est-ce que j’attends simplement qu’il termine pour lui expliquer pourquoi j’ai raison ? Ai-je appris à maîtriser mon ego… ou lui ai-je seulement offert un joli tablier ?
Voilà des questions qui mériteraient parfois davantage de silence qu’une longue planche sur la fraternité universelle.
LA FRATERNITÉ COMMENCE APRÈS LA TENUE
On peut prononcer « mon Frère » vingt fois dans une soirée et n’avoir rien compris à la fraternité.
La véritable épreuve commence lorsque le Frère devient agaçant, lorsqu’il nous contredit, lorsqu’il obtient une fonction que nous convoitions ou lorsqu’il appartient à une obédience dont nous avons décidé qu’elle pratiquait évidemment une maçonnerie légèrement moins parfaite que la nôtre.
Être fraternel avec ceux que l’on apprécie n’est pas une vertu maçonnique. C’est simplement être sociable.
La fraternité commence précisément lorsque l’autre nous dérange.
ET SI NOUS ARRÊTIONS DE TAILLER LA PIERRE DES AUTRES ?
Il existe un paradoxe savoureux : nous entrons en franc-maçonnerie pour travailler sur nous-mêmes et découvrons parfois très rapidement tout ce qu’il faudrait améliorer chez nos Frères.
L’un parle trop. L’autre ne travaille pas assez. Celui-ci est trop ambitieux. Celui-là manque d’assiduité. Le Vénérable ne sait pas diriger. L’Orateur adore s’écouter parler. Quant à l’Apprenti, il ferait mieux de rester silencieux…
Bref, la carrière de pierres est immense, surtout lorsqu’on travaille sur celles des autres.
Pourtant, le miroir maçonnique n’a jamais été conçu avec un rétroviseur.
LE TABLIER N’EST PAS UN CERTIFICAT DE VERTU
L’initiation ne rend ni meilleur, ni plus intelligent, ni plus tolérant. Elle ouvre une possibilité. Tout le reste dépend du travail accompli après.
Accumuler les degrés, les cordons, les offices et les années de présence ne garantit donc absolument rien. On peut connaître parfaitement le rituel et rester incapable de reconnaître ses torts. On peut discourir magnifiquement sur l’humilité tout en surveillant jalousement sa place dans le Temple.
Le nombre de décors portés n’a jamais indiqué la profondeur du travail intérieur.
ALORS, CET EXAMEN DE CONSCIENCE ?
Oui. Probablement.
Mais pas pour se flageller entre l’équerre et le compas. Simplement pour vérifier que celui qui sort du Temple ressemble, ne serait-ce qu’un peu, à celui que nous prétendons construire à l’intérieur.
Car le véritable danger pour le franc-maçon n’est peut-être pas de découvrir ses imperfections. C’est de finir par croire qu’il n’en a plus.
Et lorsqu’un Maçon commence à penser que sa pierre est parfaitement cubique, il serait peut-être temps de lui rendre son maillet.
✍️ GADLU.INFO – Le Frère au Miroir
Parce qu’avant de vouloir changer le monde, il faut parfois commencer par regarder celui qui tient le maillet.


