Nous aimons croire qu’un jour nous aurons suffisamment travaillé sur nous-mêmes.
Que certains défauts auront disparu, que certaines blessures seront apaisées, que notre caractère sera enfin devenu cette pierre parfaitement taillée que nous imaginons parfois devoir être.
Mais la pierre brute nous enseigne peut-être exactement le contraire.
Elle ne nous demande pas de devenir parfaits. Elle nous demande de continuer à travailler.

Chaque coup de maillet enlève une aspérité, mais en révèle parfois une autre. Chaque expérience nous transforme, chaque rencontre nous confronte à une facette de nous-mêmes que nous ne connaissions pas encore.
Et c’est probablement là que commence véritablement le travail initiatique.
Non pas lorsque nous pensons être arrivés, mais lorsque nous acceptons que nous sommes toujours en chemin.
Car celui qui se croit parfaitement poli ne voit plus ses propres angles. Celui qui pense avoir tout compris cesse d’écouter. Celui qui croit avoir terminé son ouvrage pose ses outils.
La sagesse consiste peut-être simplement à regarder régulièrement notre pierre et à nous demander :
« Quelle aspérité dois-je encore travailler aujourd’hui ? »
Il ne s’agit pas de se juger sévèrement. Il s’agit de se regarder avec lucidité.
Un peu moins d’orgueil. Un peu plus d’écoute. Un peu moins de certitudes. Un peu plus de fraternité.
Et parfois, un seul petit éclat retiré de notre pierre suffit déjà à changer notre manière de regarder le monde.
La pierre brute n’est donc pas le symbole de notre imperfection. Elle est celui de notre possibilité permanente de transformation. Et tant que nous acceptons de reprendre nos outils, le chantier reste vivant.
LA QUESTION DE LA MINUTE
Quelle partie de ta pierre mériterait aujourd’hui un nouveau coup de maillet ?


