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LES TROIS FRANCS-MAÇONS DÉVORÉS PAR LES PASSIONS

Réflexions | 7 septembre 2026 | 0 | by A.S.

La tradition initiatique utilise volontiers le conte, l’allégorie et parfois des images volontairement excessives pour transmettre une idée que le discours ordinaire peine à exprimer.

Le récit que nous vous proposons aujourd’hui met en scène trois Maîtres francs-maçons convaincus d’avoir atteint un degré exceptionnel de maîtrise. La parole, le cœur et les instincts deviennent ici les symboles des différentes forces qui habitent l’être humain.

Mais peut-on réellement progresser en rejetant hors de soi ce que l’on considère comme imparfait ? Peut-on supprimer ses passions plutôt que les comprendre, les discipliner et les transformer ?

À travers une histoire étrange, parfois sombre et volontairement grotesque, ce conte initiatique rappelle une idée essentielle : le travail sur soi ne consiste pas à retrancher une partie de notre être, mais à parvenir à l’intégrer et à la maîtriser.

Voici donc « Les Trois Francs-Maçons dévorés par les passions » :


LES TROIS FRANCS-MAÇONS DÉVORÉS PAR LES PASSIONS

Conte initiatique

La tradition initiatique utilise volontiers le conte, l’allégorie et parfois des images volontairement excessives pour transmettre une idée que le discours ordinaire peine à exprimer. Le récit que nous vous proposons aujourd’hui met en scène trois Maîtres francs-maçons convaincus d’avoir atteint un degré exceptionnel de maîtrise. La parole, le cœur et les instincts deviennent ici les symboles des différentes forces qui habitent l’être humain. Mais peut-on réellement progresser en rejetant hors de soi ce que l’on considère comme imparfait ? Peut-on supprimer ses passions plutôt que les comprendre, les discipliner et les transformer ? À travers une histoire étrange, parfois sombre et volontairement grotesque, ce conte initiatique rappelle une idée essentielle : le travail sur soi ne consiste pas à retrancher une partie de notre être, mais à parvenir à l’intégrer et à la maîtriser. Voici donc « Les Trois Francs-Maçons dévorés par les passions », traduit de l’espagnol.

Les Trois Francs-Maçons dévorés par les passions

En des temps où la Lumière se confondait avec l’éclat de l’ego vivaient trois Frères de l’Ordre maçonnique, Maîtres dans l’art de guérir, qui croyaient avoir conquis le secret de la vie. Leurs noms étaient Hiram-de-la-Voix, éloquent, maître de paroles capables de convaincre les rois ; Hiram-du-Cœur, généreux, éprouvant une compassion telle qu’il pouvait aller jusqu’à s’oublier lui-même ; et Hiram-de-la-Racine, fort, énergique et doté d’une volonté inébranlable.

Leur savoir était si grand que la vanité finit par prendre racine en eux. « Nous sommes les meilleurs, se disaient-ils. Rien ne nous est interdit. » Ils prirent alors la route à la recherche d’une Loge maçonnique située au Septentrion, afin de démontrer qu’ils étaient capables de surmonter toutes les épreuves. Ils arrivèrent à la Loge de la Reconstruction, dont nul ne pouvait franchir le seuil sans démontrer qu’il portait la Vérité en lui. Le Garde intérieur du Temple, Frère prudent, leur dit : « Entrez seulement si vous apportez avec vous la Lumière qui ne s’éteint jamais. Mais démontrez auparavant que vous êtes les constructeurs de vous-mêmes. »

Le sacrifice symbolique

Afin de prouver que leur pouvoir était supérieur à la fragilité humaine, chacun accomplit quelque chose que personne n’avait jamais osé faire. Hiram-de-la-Voix arracha sa langue et la déposa devant la porte. « La parole doit être purifiée avant d’entrer dans le Temple. Que reste dehors tout ce qui parla par vanité. » Hiram-du-Cœur retira son cœur et le déposa sur le seuil. « Le sentiment passionnel doit être vidé avant d’entrer. Que reste dehors tout ce qui aima en recherchant les applaudissements. » Enfin, Hiram-de-la-Racine se sépara de la partie inférieure de son corps et la laissa à l’extérieur. « Les bas instincts doivent être soumis avant d’entrer. Que reste dehors tout ce qui obéit au désir plutôt qu’à la conscience. »

« Toute force qui gouverne l’homme doit rester à la porte, pensèrent-ils. Ce n’est qu’ainsi que nous entrerons purs. » Confiants dans leur onguent secret, une substance capable de tout réparer, ils pénétrèrent dans le Temple, certains qu’à minuit ils pourraient récupérer tout ce qu’ils avaient abandonné.

L’épreuve qu’ils échouèrent

Le Garde extérieur du Temple, un jeune Frère nommé Amaneceres, fut chargé de veiller sur ce qu’ils avaient laissé à l’extérieur. Mais Flor-de-Luz, sa bien-aimée, arriva, et son cœur partit aussitôt vers elle. Durant cet instant d’oubli, quelque chose de terrible se produisit : des bêtes affamées dévorèrent ce qu’il devait garder, à savoir la langue, le cœur et la partie inférieure du corps.

Terrifié, Amaneceres improvisa. Il plaça à la place de la langue d’Hiram-de-la-Voix celle d’un calomniateur récemment exécuté par pendaison. Il plaça un cœur de porc dans la poitrine d’Hiram-du-Cœur. Enfin, il plaça sous le nombril d’Hiram-de-la-Racine les membres inférieurs d’un violeur. Tout semblait identique. À minuit, les trois furent reconstruits et sortirent sous les batteries de joie et les félicitations, sans savoir qu’ils portaient désormais en eux quelque chose qui leur était totalement étranger.

L’éveil de la Vérité

Mais lorsqu’ils s’éloignèrent, la nature révéla la tromperie. Hiram-de-la-Voix commença à répandre des mensonges, à voler par la parole et à trahir avec sa langue. Hiram-du-Cœur rechercha la boue, la saleté et ce qu’il y avait de plus vil ; son affection devint grossière et aveugle. Hiram-de-la-Racine, quant à lui, devint la proie d’un feu de luxure insatiable, violentant ceux qui croisaient son chemin, sans retenue ni pitié.

Ils comprirent alors que quelque chose d’irréparable s’était produit et retournèrent à la Loge. Mais Amaneceres et Flor-de-Luz avaient pris la fuite. Personne ne savait où se trouvaient leurs véritables parties. Aveuglés par la fureur, les trois Frères mirent le feu au Temple maçonnique. Depuis lors, ils errent d’Orient en Occident, à la recherche de ce qu’eux seuls peuvent retrouver : leur propre intégrité.

La véritable morale maçonnique

Écoute-la attentivement, car elle est écrite dans la pierre : nul ne peut laisser hors de lui ce qu’il n’a pas d’abord transformé. Les trois Frères pensaient pouvoir arracher leur langue, leur cœur et leur désir, puis les reprendre tels qu’ils étaient. Mais ce qui n’est pas purifié se perd, et ce que l’on abandonne sans l’avoir dominé finit par être dévoré par la bête.

La langue ne s’arrache pas : elle s’éduque, se surveille et se mesure. Celui qui l’abandonne reçoit celle d’un autre. Le cœur ne se rejette pas : il se purifie. Celui qui le place hors de lui reçoit celui qui ne connaît pas la bonté. La force inférieure ne se retranche pas : elle se dirige. Celui qui la rejette finit par être gouverné par une force qui ne lui appartient pas.

Le Temple ne se construit pas en laissant des parties de soi à l’extérieur. Il se construit en les intégrant toutes, purifiées, sous la loi du centre. Celui qui prétend être parfait et cherche à le montrer finit par se perdre. Et celui qui se croit maître de la vie découvre que la mort guette précisément à l’endroit où sa confiance était la plus grande.

Les trois Frères ne recherchent donc pas réellement leurs membres. Ils recherchent l’humilité qu’ils ont perdue. Et ils ne la trouveront en aucun autre lieu que dans leur propre intériorité.


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