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FRANC-MAÇONNERIE ET ARMÉE : QUAND L’HISTOIRE DEVIENT UN PROCÈS À CHARGE

Actualités, Anti-maçonnique, Réflexions | 4 septembre 2026 | 0 | by A.S.

Le ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe par le Grand Orient de France, le 30 août dernier, continue manifestement de faire réagir.

Dans un article publié ce 3 septembre, Boulevard Voltaire revient sur les relations parfois complexes entre la franc-maçonnerie et l’armée française. Sous le titre « Franc-maçonnerie et armée, une histoire loin d’être si fraternelle », le média déroule près de deux siècles d’histoire avant de s’interroger sur la sincérité de l’hommage rendu aux soldats morts pour la France. Le ton est donné dès les premières lignes : la cérémonie pourrait, selon l’auteur, apparaître comme une « belle tartuferie ».

Pourtant, les faits historiques rappelés par l’article sont, pour une bonne partie, bien réels.

Francs-maçons et militaires : une histoire ancienne

Contrairement à l’image d’une opposition permanente entre l’armée et les loges, la franc-maçonnerie fut particulièrement présente dans les milieux militaires aux XVIIIe et XIXe siècles.

Les recherches historiques attestent l’importance des loges militaires, notamment sous la Révolution et l’Empire. Des centaines de loges existèrent dans les armées européennes et une proportion importante d’officiers fréquenta les ateliers. (Persée)

Boulevard Voltaire le reconnaît d’ailleurs : l’article évoque plusieurs centaines de généraux francs-maçons ainsi qu’une présence maçonnique importante parmi les maréchaux d’Empire.

Autrement dit, armée et franc-maçonnerie ne sont historiquement pas deux mondes étrangers l’un à l’autre.

L’affaire des fiches : un épisode qui ne doit pas être occulté

L’article revient ensuite sur l’inévitable affaire des fiches de 1904.

Il n’y a aucune raison de vouloir l’effacer de l’histoire maçonnique. Sous le ministère du général André, des renseignements concernant notamment les opinions politiques et religieuses d’officiers furent effectivement recueillis avec la participation de membres et de loges du Grand Orient de France. Le scandale fut considérable et durablement dommageable à l’image de l’Obédience.

Les travaux publiés par la Revue historique des Armées montrent cependant que l’épisode doit être replacé dans le contexte très particulier de la IIIe République, marqué par l’affaire Dreyfus, l’anticléricalisme, les tensions entre monarchistes et républicains et la volonté du pouvoir de « républicaniser » une partie du corps des officiers. (Persée)

Reconnaître ce contexte ne justifie évidemment pas le système des fiches. Mais expliquer l’histoire n’est pas l’excuser.

Peut-on juger un hommage de 2026 avec les conflits de 1904 ?

C’est précisément là que l’article de Boulevard Voltaire quitte progressivement le terrain historique pour entrer dans celui du commentaire politique.

Sa conclusion présente la cérémonie de 2026 comme potentiellement suspecte au regard des affrontements du début du XXe siècle, allant jusqu’à évoquer une institution qui viendrait aujourd’hui « parader » lors de cérémonies militaires.

Mais peut-on réellement considérer qu’un hommage rendu 122 ans après l’affaire des fiches serait frappé d’illégitimité par cet épisode ?

Une institution évolue. L’armée française de 2026 n’est plus celle de 1904, pas davantage que le Grand Orient de France contemporain ne peut être réduit aux décisions prises par certains de ses responsables ou membres au commencement du siècle dernier.

L’histoire mérite d’être regardée dans sa totalité : avec ses rapprochements, ses conflits, ses erreurs et ses réconciliations.

Et cette même histoire montre aussi que des militaires et des francs-maçons ont pendant des siècles appartenu aux deux univers simultanément.

Se souvenir n’est pas récupérer

On peut naturellement discuter des prises de position publiques du Grand Orient de France. On peut également critiquer certaines pages de son histoire.

Mais rendre hommage aux soldats morts pour la France sous l’Arc de Triomphe ne signifie pas réécrire cette histoire.

Peut-être est-ce même exactement l’inverse.

La fraternité n’exige pas l’absence de désaccords passés. Elle suppose parfois d’être capable de les dépasser.

Et transformer systématiquement un geste mémoriel en procès d’intention risque finalement de nous apprendre davantage sur les combats idéologiques du présent que sur l’histoire réelle des relations entre l’armée française et la franc-maçonnerie.

Sources :
– Éric de Mascureau, Boulevard Voltaire, « Franc-maçonnerie et armée, une histoire loin d’être si fraternelle », 3 septembre 2026.
– Jean-Luc Quoy-Bodin, travaux consacrés à l’armée et à la franc-maçonnerie sous la Révolution et l’Empire, Revue historique des Armées. (Persée)
– Emmanuel Thiébot, « L’affaire des fiches vue par les francs-maçons du Grand Orient de France en Basse-Normandie », Revue historique des Armées, 2005. (Persée)

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