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LES FOURBERIES DE SCAPIN : UNE RELECTURE MAÇONNIQUE ENTRE HUMOUR, SYMBOLISME ET LUMIÈRE

Planches | 25 août 2026 | 0 | by A.S.

Nous avons le plaisir de partager cette contribution de notre Frère Gérard L., qui nous propose une savoureuse relecture maçonnique des Fourberies de Scapin. Dans cette transposition originale, le temple devient théâtre, les Frères endossent les rôles de Molière et la comédie se fait miroir de nos certitudes, de nos faiblesses et de notre quête de Lumière.

Entre humour, symbolisme et réflexion initiatique, ce texte nous rappelle aussi que jouer, questionner et parfois bousculer les apparences peut être une manière d’apprendre et de progresser.


Les Fourberies de Scapin

Le décor est dressé à l’abri des regards profanes, dans le silence feutré d’un atelier où les tabliers se troquent un instant pour des pourpoints de comédiens.

Ici, nulle différence entre la rigueur du rituel et la folie des planches : pour que la grande œuvre soit bien jouée et que la lumière pénètre les consciences, il faut de bons acteurs. Le pavé mosaïque devient tréteau, et les Frères, investis de leurs charges, s’apprêtent à donner la réplique au plus grand des frondeurs.

Sur son estrade, dressée à l’Orient, le Frère Molière assiste à la répétition, esquissant un sourire complice devant tant de lumineuse fourberie. Entrons dans le cercle : le jeu commence, et le temple s’ouvre au théâtre vivant.

LE FRÈRE MOLIÈRE, VÉNÉRABLE

Mes Frères, souvenez‑vous : une tenue n’est jamais qu’un théâtre où chacun joue son rôle avec sincérité. Ici, nous répétons pour mieux travailler ; nous jouons pour mieux comprendre ; nous incarnons pour mieux nous élever. Que chacun tienne son personnage comme il tiendrait son office : avec justesse, avec cœur, avec Lumière.

ARGANTE (Le Frère Hospitalier), GÉRONTE (Le Frère Trésorier), SCAPIN (Le Frère Expert)

Acte I

La Tenue des Faux‑Semblants

LE FRÈRE TRÉSORIER (GÉRONTE) (Furieux, brandissant sa canne de marche sur le pavé mosaïque) Ah, infâme scélérat ! Te voilà donc pris au piège de ta propre audace ! Après tant de coups de bâton, tant de fourberies ourdies dans l’ombre, la justice de l’atelier va enfin s’abattre sur ton dos ! Qu’as-tu à dire pour ta défense, grand architecte de nos malheurs ?

LE FRÈRE EXPERT (SCAPIN) (D’un calme olympien, ajustant son feutre et son cordon) Doucement, Frère Trésorier, doucement. Ne vous emportez point contre les rouages invisibles qui font tourner le grand mécanisme du monde. Vous m’appelez scélérat, mais je ne suis, à vrai dire, qu’un ouvrier zélé de la concorde universelle.

LE FRÈRE HOSPITALIER (ARGANTE) De la concorde ? En nous délestant de nos bourses à coups de sacs de galères, au mépris de toute régularité financière ?

LE FRÈRE EXPERT (SCAPIN) Fi ! Vous ne voyez que la surface des choses, cher Frère Hospitalier. Qu’est-ce qu’une bourse, sinon de la matière vile et stérile tant qu’elle dort au fond d’un coffre ? Moi, Scapin, j’ai pratiqué ce que les esprits éclairés appellent le grand art de la liaison : j’ai pris l’argent d’où il abonde pour l’apporter là où il manque, unissant ainsi les familles divisées par l’avarice. N’est-ce pas là le propre d’un véritable Frère ?

LE FRÈRE TRÉSORIER (GÉRONTE) Un Frère ? Tu n’es le Frère de personne, sinon de la lie de la terre et des galériens !

LE FRÈRE EXPERT (SCAPIN) Erreur, mon cher, triple erreur ! Le véritable frère universel n’est point celui qui porte un tablier de soie ou des titres de dignité conférés par le temps ; c’est celui qui, démêlant le chaos du cœur humain, abat les cloisons, brise les chaînes de la tyrannie dogmatique, et permet à la lumière de l’amour de triompher des ténèbres de l’ego. Vos fils aimaient ; vous grinciez des dents.

J’ai agi. Le temple de leur bonheur est achevé, et j’en ai posé la dernière pierre !

LE FRÈRE HOSPITALIER (ARGANTE) (Hésitant, troublé, se caressant le menton) Il a diablement bien parlé, Trésorier… Il y a dans son galimatias quelque chose qui désarme la rigueur de nos constitutions.

LE FRÈRE EXPERT (SCAPIN) (Souriant, ouvrant les bras vers l’assistance) C’est la force de l’universel, mes Frères. Allons, point de rancune. Donnez-moi plutôt la main, et convenons ensemble que sans les bouffons de mon espèce, le monde serait bien triste et la vie maçonnique fort mal bâtie.

Acte II

SCÈNE : Le pavé mosaïque, éclairé par une seule bougie.

SCAPIN (Frère Expert) Mes Frères, vous dites “fourberie” comme on dirait “faute”. Mais la fourberie n’est qu’un miroir : elle révèle ce que chacun cache derrière son tablier.

J’ai menti ? Non. J’ai déplacé les lignes pour que vos fils trouvent leur chemin. J’ai bousculé vos certitudes pour que la vérité apparaisse.

La fourberie, lorsqu’elle sert l’amour et la liberté, devient un outil plus tranchant que l’épée du Couvreur.

ARGANTE Voilà qui ressemble fort à une planche, Expert…

SCAPIN Peut‑être. Mais une planche jouée vaut parfois mieux qu’une planche lue.

Acte III — La Révélation des Masques

SCÈNE :

Le pavé mosaïque s’est apaisé. Les Frères ont repris leurs places, mais l’écho du jeu résonne encore dans l’atelier. Au centre, Scapin demeure immobile, comme une ombre éclairée par la dernière bougie.

SCAPIN (Frère Expert)

Mes Frères… Vous m’avez vu ruser, contourner, bousculer. Mais ce n’était point pour vous tromper : c’était pour vous montrer ce que vous ne vouliez pas voir.

Car la fourberie n’est jamais qu’un masque. Et sous chaque masque, il y a une vérité qui attend son heure.

J’ai déplacé les lignes pour que vos fils trouvent leur chemin. J’ai secoué vos certitudes pour que la Lumière puisse entrer. J’ai joué… pour que vous puissiez comprendre. La comédie n’est pas un mensonge : c’est un miroir.

ARGANTE (Frère Hospitalier)

Tu nous as troublés, Scapin… mais tu nous as éclairés.

GÉRONTE (Frère Trésorier)

Et tu nous as rappelé que la règle sans esprit n’est qu’un cadenas.

SCAPIN (Frère Expert)

Mes Frères, je ne suis qu’un bouffon. Mais un bouffon qui sait que parfois, il faut un peu de fourberie pour ouvrir les portes du cœur.

« Très Vénérable, les travaux de ce jour sont finis. »

Molière‑Vénérable : La Leçon de l’Orient

(Sur son estrade, le Frère Molière incline la tête en souriant, saluant du regard la justesse de la leçon.)

LE FRÈRE MOLIÈRE, VÉNÉRABLE (se levant lentement)

Mes Frères, la comédie n’est pas un divertissement : c’est un art royal. Elle dévoile les passions, les ridicules, les grandeurs, les failles… tout ce que nous cachons derrière nos décors symboliques.

Scapin a joué son rôle avec la précision d’un Expert. Argante et Géronte ont tenu leurs offices avec la fougue de leurs charges.

Vous avez vu la fourberie, mais avez‑vous vu la Lumière qu’elle révèle ?

Dans ce temple, comme sur les planches, nul ne progresse sans accepter d’être un peu dupé par la vie.

(Il sourit, presque paternel.) Continuez à jouer, mes Frères. Car celui qui cesse de jouer cesse d’apprendre. Et celui qui cesse d’apprendre cesse d’être libre.

GL08/2026

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