La cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict, vendredi 17 juillet 2026, dans l’affaire Athanor. Dix-sept des vingt-deux accusés ont été condamnés à des peines allant de six mois d’emprisonnement avec sursis à trente ans de réclusion criminelle. Cinq accusés ont été acquittés.
Après plusieurs mois d’audience, la justice a lourdement sanctionné les principaux responsables de cette officine criminelle constituée dans l’environnement de la loge maçonnique Athanor, implantée dans les Hauts-de-Seine.
Daniel Beaulieu, ancien agent de la Direction centrale du renseignement intérieur, a été condamné à trente ans de réclusion criminelle. Présenté comme le principal organisateur du réseau, il aurait recruté et dirigé les exécutants en leur faisant croire qu’ils participaient à des opérations clandestines couvertes par les services de l’État.

Frédéric Vaglio, chef d’entreprise et frère de loge de Daniel Beaulieu, a écopé de vingt-cinq ans de réclusion criminelle. Il était notamment chargé de rechercher des clients et de négocier les contrats confiés à l’officine.
Les peines prononcées contre les deux hommes correspondent aux réquisitions du parquet général.
Vingt-sept ans pour le principal exécutant
Sébastien Leroy, considéré comme le principal homme de main de l’organisation, a été condamné à vingt-sept ans de réclusion criminelle, soit cinq années de plus que les vingt-deux ans requis par l’accusation.
Âgé de 36 ans, il avait été recruté pour accomplir de nombreuses missions présentées comme des opérations secrètes ou « hors cadre ». Certaines reposaient sur des scénarios entièrement inventés.
Il lui avait notamment été demandé de participer à l’élimination d’une femme présentée comme une agente du Mossad. La cible était en réalité une coach en entreprise, sans aucun lien avec un service de renseignement.
Cinq accusés acquittés
Dylan Bilheude, poursuivi comme étant l’auteur du tir mortel contre le pilote automobile Laurent Pasquali, a été acquitté au bénéfice du doute.
Le parquet général avait pourtant requis vingt ans de réclusion criminelle à son encontre.
Ses avocats, Mes Pierre Vinot et Victor Zagury, ont exprimé leur soulagement à l’issue du verdict, considérant que les éléments du dossier confirmaient l’innocence défendue par leur client depuis le début de l’instruction.
Le couple formé par Alain et Nancy Maarek a également été acquitté. La cour a estimé qu’ils n’avaient pas donné l’ordre de tuer Laurent Pasquali.
Le médecin et l’ingénieure avaient sollicité l’officine afin de récupérer une créance de 100 000 euros que le pilote leur devait. S’ils avaient mis les membres du réseau sur sa piste, les magistrats ont considéré qu’aucune instruction de commettre un meurtre n’avait été établie.
Leurs avocates, Mes Clarisse Serre et Daphnée Pugliesi, ont évoqué l’aboutissement de six années de combat judiciaire, tout en regrettant les accusations et l’exposition publique subies par leurs clients.
Une organisation structurée comme une entreprise
Meurtre, projets d’assassinat, agressions, surveillances, vols et opérations d’intimidation : au fil des années, les activités de l’officine Athanor s’étaient progressivement diversifiées.
Le réseau fonctionnait à la manière d’une petite entreprise commerciale. Les clients exposaient leurs différends ou leurs objectifs, puis des missions étaient confiées à des exécutants contre rémunération.
Selon l’accusation, cette organisation s’était développée dans l’ombre d’une loge maçonnique « dévoyée ». Elle réunissait des profils très différents : ancien policier, chefs d’entreprise, francs-maçons et militaires travaillant sur un site rattaché à la Direction générale de la sécurité extérieure.
Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio mettaient en avant une appartenance passée ou supposée aux services de renseignement. Cette proximité revendiquée leur permettait de convaincre leurs interlocuteurs qu’ils bénéficiaient de protections particulières et que les opérations commandées étaient couvertes par l’État.
La plupart des exécutants et certains clients ont affirmé avoir été manipulés par les deux hommes.
L’arrestation de deux militaires provoque la chute du réseau
L’organisation a été démantelée en juillet 2020 après l’arrestation, à Créteil, de deux militaires rattachés à la DGSE : Pierre Bourdin et Carl Esnault.
Les deux hommes avaient été interpellés au pied du domicile de la coach en entreprise qu’ils étaient chargés de surveiller ou d’agresser dans le cadre d’une prétendue opération secrète.
Carl Esnault avait expliqué avoir pensé qu’il agissait réellement pour la DGSE. Il affirmait ne pas connaître l’ensemble de la mission en raison du principe de cloisonnement habituellement employé dans les services de renseignement.
Pierre Bourdin a finalement été condamné à douze ans de réclusion criminelle et Carl Esnault à neuf ans. Le parquet général avait respectivement requis quinze et treize ans contre les deux militaires.
Leur arrestation avait permis aux enquêteurs de remonter jusqu’aux organisateurs de l’officine et de découvrir plusieurs projets criminels conduits ou envisagés pendant près de huit années.
Les revenus générés par le réseau ont été évalués à environ 210 000 euros sur l’ensemble de cette période.
« Pardon à la France »
Lors de ses derniers mots devant la cour, Daniel Beaulieu s’est adressé aux victimes et au pays qu’il avait autrefois servi.
Très diminué physiquement et se déplaçant en fauteuil roulant depuis une tentative de suicide en détention, il s’est levé avec l’aide de trois policiers pour demander pardon « à la France » ainsi qu’aux victimes pour ce qu’il avait fait, accepté ou laissé faire.
Cette déclaration est intervenue avant que les cinq magistrats professionnels composant la cour ne se retirent pour délibérer.
Une loge détournée de sa vocation
L’affaire Athanor révèle l’utilisation de liens maçonniques et professionnels au service d’une organisation criminelle. Elle ne peut toutefois être assimilée au fonctionnement de la franc-maçonnerie dans son ensemble.
Les accusations ont porté sur les agissements personnels d’un groupe ayant utilisé la confiance créée par l’appartenance à une même loge, ainsi que le prestige associé aux services de renseignement, pour recruter des exécutants, convaincre des clients et entretenir une impression d’impunité.
Le verdict du 17 juillet 2026 clôt l’un des procès criminels les plus singuliers de ces dernières années, par le nombre d’accusés, la diversité des projets examinés et les liens revendiqués par certains protagonistes avec la franc-maçonnerie, la police, l’armée et le renseignement.
Article rédigé à partir des informations publiées par Le Monde avec l’Agence France-Presse et La Dépêche du Midi.


