Dans un entretien accordé au CRIF, Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, rappelle avec force le rôle que la franc-maçonnerie entend tenir dans la défense des principes républicains. À l’heure où les tensions politiques, identitaires et sociales traversent la société française, son propos invite à une vigilance active : celle de citoyens engagés, attachés à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, à la laïcité et à l’universalisme.
Au cœur de cet entretien, deux notions sont clairement désignées comme des lignes rouges : la préférence nationale et l’assignation identitaire. Pour Pierre Bertinotti, ces deux conceptions remettent en cause le pacte républicain lui-même. La République française repose sur l’indivisibilité, c’est-à-dire sur l’idée que la loi s’applique à tous, sans distinction d’origine, de croyance ou d’appartenance. Dès lors, introduire une hiérarchie entre les citoyens ou enfermer un individu dans une identité supposée revient à affaiblir l’idéal républicain.

Cette mise en garde rejoint une préoccupation plus large : celle du vivre-ensemble. Dans une société de plus en plus traversée par les replis, les oppositions et les discours de rupture, Pierre Bertinotti rappelle que l’engagement maçonnique ne peut être passif. Le franc-maçon n’est pas seulement un observateur du monde ; il est appelé à agir, à transmettre, à éclairer et à défendre ce qui permet aux citoyens de vivre libres et égaux.
Le Grand Orient de France se présente ainsi comme une institution de réflexion, mais aussi de pédagogie. Ses loges organisent régulièrement des conférences publiques consacrées à la République, à la démocratie, à la laïcité et à l’universalisme. Cette action, parfois discrète, participe à déconstruire les discours populistes et à rappeler que la démocratie demeure le cadre le plus protecteur des libertés individuelles.
L’entretien aborde également la question de la laïcité, notamment auprès de la jeunesse. Pierre Bertinotti souligne qu’elle est trop souvent perçue comme une contrainte, alors qu’elle constitue avant tout une liberté. La laïcité permet à chacun de croire, de ne pas croire, de penser librement, tout en garantissant un espace commun où aucune conviction particulière ne s’impose à tous. Elle protège donc l’individu autant qu’elle protège la République.
Enfin, Pierre Bertinotti insiste sur l’urgence de la lutte contre l’antisémitisme, qu’il considère comme une atteinte fondamentale au pacte républicain. Face à la recrudescence des actes et discours antisémites, notamment depuis le 7 octobre 2023, il appelle à une prise de conscience collective. Cette lutte ne peut pas rester l’affaire de quelques institutions ou associations : elle doit mobiliser l’école, l’université, les responsables publics, les médias, les citoyens et l’ensemble de la société.
Cet entretien rappelle finalement une exigence simple mais essentielle : défendre la République ne consiste pas seulement à l’invoquer dans les discours. Il faut la faire vivre, la transmettre et la protéger chaque fois que ses principes sont fragilisés. Être une sentinelle de la République, c’est refuser l’indifférence, combattre les assignations, défendre la dignité humaine et maintenir ouverte la voie d’un universalisme républicain exigeant.
Référence :
Article inspiré de l’entretien publié par le CRIF le 25 juin 2026 : « Pierre Bertinotti (Grand Orient de France) : nous devons “être les sentinelles de la République” », propos recueillis par Jean-Philippe Moinet.


