La perfection, en franc-maçonnerie, est un sujet sérieux. Très sérieux même. Tellement sérieux qu’on en parle souvent… entre deux retards, trois oublis de tablier et un frère qui cherche encore où il a posé ses gants blancs.
Car il faut bien l’avouer : si la franc-maçonnerie invite l’homme à se perfectionner, elle ne prétend jamais qu’il y parviendra avant la fermeture des travaux. Et c’est sans doute mieux ainsi. Une loge composée uniquement d’êtres parfaits serait probablement invivable. Personne ne se tromperait, personne ne tousserait pendant une planche, personne ne ferait tomber son rituel, et surtout personne ne dirait jamais : « Je serai bref », avant de parler vingt-sept minutes.

L’idéal maçonnique n’est donc pas de devenir parfait, mais de devenir un peu moins brut qu’hier. La pierre brute, au fond, c’est nous tous : avec nos angles, nos impatiences, nos certitudes, nos petites susceptibilités et cette étonnante capacité à repérer les défauts des autres avec une précision de géomètre, tout en gardant une bienveillance assez floue envers les nôtres.
Le franc-maçon travaille à son amélioration morale. En théorie, cela commence par soi-même. En pratique, il arrive que certains commencent par proposer d’améliorer la loge, le rituel, le courrier, l’ordre du jour, la température du temple, la longueur des agapes, la qualité du vin, puis éventuellement, dans un second temps, leur propre caractère.
Mais c’est précisément là que réside la beauté de l’initiation : elle nous rappelle que la perfection n’est pas un état, mais un chantier. Et comme tout chantier, il y a du bruit, de la poussière, des outils mal rangés et parfois un frère qui donne des conseils alors qu’il n’a jamais tenu le maillet du bon côté.
La perfection maçonnique n’est pas celle des statues froides. Elle est plus humble, plus vivante, plus humaine. Elle consiste à écouter un peu mieux, juger un peu moins vite, travailler un peu plus sincèrement, et accepter que la lumière se mérite souvent à coups de petites rectifications discrètes.
Le compas nous rappelle la mesure. L’équerre nous invite à la droiture. Le niveau nous enseigne l’égalité. Quant au miroir invisible de la loge, il nous suggère parfois, avec une grande délicatesse symbolique : « Mon frère, avant de refaire le monde, commence peut-être par refaire ton humeur. »
Alors non, le franc-maçon n’est pas parfait. Heureusement. Il est perfectible. Et c’est déjà beaucoup. Car celui qui se croit parfait n’a plus rien à apprendre, plus rien à tailler, plus rien à polir. Il devient une pierre très lisse, certes, mais totalement inutile à l’édifice.
La vraie sagesse maçonnique est peut-être là : chercher la perfection sans jamais se prendre pour son représentant officiel. Avancer, tomber, recommencer, sourire de soi-même, et comprendre qu’un frère qui rit de ses propres imperfections est souvent plus proche de la lumière qu’un autre qui les a soigneusement rangées dans l’obscurité.
En loge comme dans la vie, la perfection n’est donc pas une destination. C’est une direction. Et parfois, rien que réussir à s’y rendre avec son tablier, ses gants, son rituel et son ego à peu près maîtrisé… c’est déjà un très beau progrès.
Billet maçonnique tout en humour de GADLU.INFO


