La franc-maçonnerie turque traverse une période de turbulence institutionnelle. Un tribunal civil d’Istanbul a décidé de nommer un administrateur provisoire à la tête de la principale organisation maçonnique du pays, à la suite de l’incarcération de son Grand Maître, l’économiste Remzi Sanver, et de l’absence d’assemblée générale organisée dans les délais prévus par les statuts de l’obédience.
Cette décision judiciaire intervient après une requête déposée par un membre de l’organisation, Ali Rıza Aral, qui a saisi la justice en invoquant un vide de gouvernance. Selon la plainte, les règles internes de l’institution imposent la tenue d’une élection dans un délai de trois mois en cas d’empêchement du Grand Maître, qu’il s’agisse d’un décès, d’une démission ou de toute autre incapacité à exercer ses fonctions. Or, ce délai aurait expiré le 20 janvier 2026 sans qu’aucune convocation électorale n’ait été organisée par le conseil d’administration.

Face à cette situation, le tribunal a estimé nécessaire de garantir la continuité administrative de l’obédience en désignant un administrateur judiciaire chargé d’assurer la gestion provisoire de l’organisation. Une nouvelle audience a été fixée au 20 octobre 2026, date à laquelle la justice examinera l’évolution du dossier et les mesures prises pour rétablir une gouvernance conforme aux statuts.
Remzi Sanver, figure reconnue du monde universitaire turc et ancien recteur de l’Université Bilgi d’Istanbul, avait été arrêté en octobre 2025 dans le cadre d’une enquête visant Can Holding, un important groupe actif dans les secteurs des médias et de l’industrie. Les autorités judiciaires enquêtent sur plusieurs chefs d’accusation, parmi lesquels la fraude fiscale, l’escroquerie et le blanchiment d’argent. À ce jour, le site officiel de l’organisation maçonnique continue de mentionner Sanver comme Grand Maître, ce qui souligne la complexité de la situation interne.
La principale obédience maçonnique de Turquie, qui regroupe plusieurs loges réparties sur l’ensemble du territoire, se réclame d’une tradition maçonnique régulière et structurée autour d’un modèle de gouvernance hiérarchisé. Comme dans de nombreuses juridictions maçonniques, la fonction de Grand Maître constitue un élément central de l’équilibre institutionnel. Son absence prolongée peut créer des tensions internes, notamment lorsque les procédures de succession ne sont pas engagées dans les délais statutaires.
Cette affaire met en lumière la fragilité des équilibres institutionnels lorsque les structures dirigeantes se trouvent confrontées à des événements judiciaires extérieurs. Elle rappelle également que les organisations initiatiques, bien qu’attachées à des traditions anciennes, doivent respecter des règles de gouvernance précises afin de garantir leur stabilité et leur crédibilité.
Au-delà du cas particulier de la Turquie, cette situation illustre les défis contemporains auxquels sont confrontées certaines obédiences maçonniques dans des contextes politiques et juridiques parfois complexes. Entre exigences de transparence, respect des statuts et continuité du fonctionnement interne, l’enjeu est de préserver l’intégrité de l’institution tout en s’adaptant aux réalités du cadre légal national.
La décision du tribunal d’Istanbul constitue une mesure provisoire destinée à éviter une paralysie de l’organisation. Elle ouvre toutefois une période d’incertitude quant à l’évolution future de la gouvernance maçonnique turque et aux conséquences que cette affaire pourrait avoir sur l’image de l’institution dans le pays.
L’audience prévue en octobre 2026 devrait permettre de clarifier la situation et de déterminer si l’obédience pourra rapidement retrouver un fonctionnement normal conforme à ses principes et à ses statuts.
Source : Turkish Minute, 10 avril 2026.


