Être rêveur n’est pas une faiblesse : c’est souvent la condition nécessaire pour semer des idées dans un monde parfois aride. Prêcher dans le désert peut sembler vain, mais même au milieu des cactus les plus hostiles, certaines fleurs finissent par éclore. Ces fleurs sont ces Frères bien-aimés qui comprennent le sens profond de l’initiation et concrétisent leur apprentissage. Ils deviennent porteurs d’idées, promoteurs d’idéaux et catalyseurs d’un Projet bien plus grand que les spéculations profanes qui, trop souvent, s’acharnent contre nos augustes Temples.
La véritable question que nous ne devons pas éluder est la suivante : qui est responsable de la situation actuelle ? Pourquoi observons-nous une forme d’ostracisme et d’affaiblissement de l’engagement dans l’Ordre maçonnique ? Et surtout : que faisons-nous, individuellement, pour éviter l’effondrement de l’esprit initiatique ?

La réponse la plus honnête tient en deux mots : Mea Culpa.
J’ai commis l’erreur de favoriser l’entrée d’un ami, pensant servir l’Ordre, sans mesurer pleinement la dimension morale exigée pour devenir véritablement Frère. Un ami peut être estimable dans la vie profane, mais ne pas posséder les qualités nécessaires pour vivre authentiquement la voie initiatique. La Franc-maçonnerie exige davantage qu’une simple sympathie : elle demande une disposition intérieure, une sincérité profonde et une volonté réelle de transformation.
Si l’Ordre semble parfois stagner, c’est souvent en raison de notre propre inertie, de la perte d’engagement et de l’oubli des serments prononcés lors de l’initiation et à chaque degré franchi. Nous oublions parfois de mettre en pratique ce que nous enseignent les rituels, les symboles et la tradition philosophique qui constitue l’essence même de la démarche maçonnique.
Comme l’affirmait le regretté José Castellani :
« La franc-maçonnerie est en train d’être détruite par manque de connaissances, qu’elles soient rituelles, symboliques ou philosophiques ; par le manque d’engagement de ceux qui entrent dans nos augustes mystères et par le grand nombre de fausses initiations de personnes qui ne devraient pas être appelées frères. Ils sont et seront toujours des profanes en tablier. »
Entrer en Franc-maçonnerie ne signifie pas que la Franc-maçonnerie entre en nous. Ce qui peut pénétrer l’initié, c’est le savoir maçonnique, lorsqu’il trouve un terrain fertile. Ce terrain doit être préparé par l’humilité, nourri par la sagesse, irrigué par la beauté du cœur et renforcé par la fermeté du caractère. La véritable initiation suppose une volonté constante de pratiquer le Bien.
Dans la Chambre de Réflexion, un avertissement demeure intemporel :
« Si la curiosité seule vous conduit ici, retirez-vous ! »
Le symbole du VITRIOL rappelle cette exigence intérieure. Acronyme de Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem, il signifie :
« Visite l’intérieur de la Terre, en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée. »
Autrement dit, explore ton monde intérieur, purifie-toi, découvre l’essence profonde de ton être. Cette pierre philosophale symbolise la transformation de l’homme et, par extension, celle de la société.
Si cette démarche intérieure n’existe pas, l’initiation reste une apparence sans substance. La Franc-maçonnerie ne reconnaît comme Frère que celui qui s’efforce sincèrement de se perfectionner.
Ainsi, la valeur d’une Loge ou d’un Atelier ne se mesure jamais au nombre de membres qu’elle rassemble, mais à la qualité humaine et spirituelle de ceux qui construisent son histoire.
Être noble consiste parfois à reconnaître que l’on n’était pas prêt à emprunter ce chemin. La voie initiatique exige liberté intérieure et rectitude morale. Sans engagement réel, la lassitude finit toujours par s’installer, menant naturellement à l’éloignement.
La Franc-maçonnerie demeure une école de transformation personnelle. Elle appelle des femmes et des hommes déterminés à travailler sur eux-mêmes afin d’améliorer le monde.
Car, au fond, chaque véritable initié reste toujours… un rêveur.
Dario Angelo Baggieri


