Je suis franc-maçon.
Et je le dis sans provocation, mais sans détour : j’en suis fier.
Fier, non pas d’un titre, encore moins d’un privilège, mais d’une voie qui oblige. Une voie qui demande de travailler sur soi avant de commenter le monde, de choisir la nuance plutôt que l’insulte, de chercher la lumière plutôt que la posture. Une voie où l’on apprend que le silence peut être un acte, et que la parole n’a de valeur que si elle a été payée par l’expérience.
En France, la franc-maçonnerie traîne une ombre particulière. Pas seulement des critiques : un soupçon presque réflexe. Il suffit que le mot “maçon” apparaisse pour que surgissent les mêmes refrains : réseau, influence, secret, manipulation. Comme si l’on avait besoin, à chaque époque, d’un bouc émissaire commode dès qu’une société doute d’elle-même.
L’histoire européenne rappelle pourtant une évidence : quand la liberté de conscience dérange, les loges deviennent une cible. Les régimes autoritaires n’aiment ni ce qu’ils ne contrôlent, ni ce qui forme des esprits capables de résister aux slogans. Alors on calomnie, on interdit, on confisque, on fiche, on réduit des symboles à des preuves. Et quand la peur gouverne, un tablier suffit parfois à faire de quelqu’un un suspect.

Mais l’injustice la plus fréquente, aujourd’hui, est plus banale : l’amalgame. Un homme trébuche, et l’on voudrait condamner toute l’institution. Un scandale éclate, et l’on décrète que tout le Temple est pourri. C’est intellectuellement confortable, moralement paresseux. Dans n’importe quel groupe humain, il existe des défaillances. La seule vraie question est ailleurs : quelle exigence collective impose-t-on, quelle rectification engage-t-on, quelle honnêteté pratique-t-on quand la faute apparaît ?
La discrétion, elle, est souvent mal comprise. Elle n’est pas la honte. Elle n’est pas une dissimulation. Elle est une discipline : protéger le travail intérieur de la mise en scène, éviter que l’ego transforme le symbolisme en vitrine. La discrétion protège aussi, parfois, des agressivités très réelles. Le problème n’est pas qu’un franc-maçon soit discret. Le problème, c’est qu’on veuille faire de cette discrétion une culpabilité.
Doit-on pour autant “s’afficher” ? Pas forcément. Chacun a sa situation, son contexte, ses proches, ses raisons. Mais une chose est certaine : nous ne devrions pas avoir à baisser les yeux. Car plus on laisse le récit aux fantasmes, plus ils prospèrent. On parle de pouvoir quand il s’agit souvent de quête. On parle de secret quand il s’agit surtout de symbole. On parle de manipulation quand il s’agit d’un effort, imparfait mais réel, pour devenir un peu plus juste.
Ma fierté n’est pas un drapeau. C’est une responsabilité. Le tablier n’est pas un décor : il rappelle que je suis “en chantier”. Les joyaux ne sont pas des trophées : ils exigent une droiture. Les “lumières” ne sont pas des grades : elles obligent à éclairer, pas à briller. Et si la franc-maçonnerie doit être défendue, ce n’est pas par des slogans, mais par l’exemple : la tenue, la cohérence, la fraternité concrète, l’éthique vécue.
Alors oui, je le dis simplement. Sans théâtre. Sans agressivité. Sans excuse.
Je suis franc-maçon.
Et je suis fier de l’être.


