La franc-maçonnerie aime ses symboles. Elle les aligne, les porte, les commente… mais une question dérange :
👉 que valent les lumières, les joyaux et les décors quand ceux qui les portent ne les incarnent plus ?
Des lumières qui éclairent… ou qui aveuglent ?
En Loge, on appelle « lumières » ceux qui dirigent : Vénérable Maître, Surveillants, Orateur, Secrétaire. Le mot est exigeant. Une lumière n’occupe pas une fonction : elle éclaire.
Et pourtant, combien de Loges sont aujourd’hui administrées plutôt qu’animées ?
Le Vénérable Maître, dit hiérophante, est censé révéler, transmettre, interpréter. Pas seulement présider.
Le maillet, symbole d’autorité, devrait ouvrir le travail… mais sans sagesse, il devient un simple marteau : il impose, il couvre le vide par le bruit.
Sagesse, Force, Beauté… ou triptyque récité ?
Sagesse, Force, Beauté : la tradition en fait le socle de toute grande œuvre.
Mais quand la Sagesse se réduit à la prudence politique, la Force à la rigidité, et la Beauté à l’esthétique du rituel, le Temple tient debout… sans souffle.

Le tablier : outil du travail ou costume de scène ?
Le tablier n’est pas un accessoire. Il est le vêtement du travailleur : sans lui, le Maçon est « nu ».
Mais combien le portent sans tailler la Pierre Brute ?
À force de liserés, broderies et distinctions, on finit parfois par le traiter comme une médaille. Or le tablier blanc ne dit pas : “je suis pur” ; il dit : “je suis en chantier”.
Joyaux : outils moraux ou fétiches hiérarchiques ?
Niveau, fil à plomb, équerre, plumes, clés, bourse, épée, truelle… chaque bijou porte une exigence.
Mais lorsque le Niveau n’empêche plus l’ego, que le Fil à plomb ne redresse plus rien, que les Clés ferment plus qu’elles n’ouvrent, le symbole bascule :
👉 le bijou devient titre,
👉 la fonction devient pouvoir,
👉 la transmission devient rivalité.
Les joyaux mobiles rappellent que toute charge est transitoire. Certains s’y accrochent pourtant comme à une identité.
Les joyaux fixes n’ont pas bougé. Et nous ?
Pierre Brute, Pierre Polie, Tableau de Tracé : eux restent là, silencieux, immobiles. Ils rappellent que l’initiation n’est pas un statut, mais une tension, une pratique, une transformation.
Le vrai danger n’est peut-être pas que les profanes voient nos décors.
Le vrai danger est que nous ne voyions plus ce qu’ils exigent de nous.
Car une Loge peut être parfaitement décorée… et intérieurement obscure.
Inspiré d’un texte de John Nery Guimarães


