« À midi pile. »
Ces mots ne donnent pas une heure. Ils ouvrent un espace.
Le soleil est au zénith. Il ne s’élève plus, il ne décline pas. Il demeure, immobile, comme suspendu au-dessus du monde. À cet instant, le Temps cesse de s’écouler. Il devient présence.
Dans le Temple, le Temps profane se retire. L’agitation extérieure s’efface. De midi à minuit, l’horloge est mise au silence. Ce qui s’ouvre alors n’est pas une durée, mais une qualité. Un Temps dense, intérieur, chargé de sens.
Midi n’est ni un début ni une fin. C’est un centre.
Un point vertical où tout s’aligne.

L’Apprenti y entre sans savoir. Il ressent seulement le poids du silence et la netteté de la lumière. Le Compagnon commence à comprendre que ce Temps obéit à une autre loi. Le Maître, lui, reconnaît un Temps libéré, un Temps qui ne se compte pas, mais qui se vit.
Sous cette lumière verticale, la pierre ne triche pas. Les aspérités apparaissent. Le geste devient juste ou ne l’est pas. Le maillet ne frappe plus au hasard : il répond à une mesure intérieure. Chaque symbole parle, chaque silence enseigne.
Midi précis n’invite pas à remplir le Temps, mais à s’y tenir.
À se rendre présent à l’instant, pleinement, sans fuite.
Lorsque le Temple se referme, le soleil reprend sa course. Le Temps profane revient, avec ses urgences et ses cycles. Mais celui qui a réellement travaillé emporte avec lui quelque chose d’invisible : un zénith intérieur, une boussole secrète.
Car celui qui a connu le Temps immobile sait désormais reconnaître l’heure juste — même hors du Temple.


