Il est des images qui ne vieillissent pas. Non parce qu’elles sont célèbres, mais parce qu’elles agissent comme des miroirs. L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci appartient à cette famille rare : une figure silencieuse qui semble dire à chaque époque, et à chaque regard, quelque chose de neuf.
On croyait y voir surtout une leçon de proportions : un homme inscrit dans un cercle et un carré. Or une lecture récente ajoute une troisième présence : un triangle équilatéral, discret, presque secret, comme si l’œuvre dissimulait une clé supplémentaire — non pour compliquer, mais pour achever.
Le cercle, le carré… et ce qui relie
Le cercle évoque l’infini, le souffle, le ciel : ce qui n’a ni angle ni rupture.
Le carré, lui, parle de la terre, de la matière, du monde construit : les quatre directions, les quatre saisons, la stabilité.

Entre les deux, l’homme est tendu, comme pris dans une tension sacrée : être de poussière mais portant en lui l’appel du ciel. Et voilà que le triangle apparaît, non comme une forme de plus, mais comme un pont.
Le triangle équilatéral n’est pas seulement une figure. Il est une idée :
- équilibre parfait (trois côtés égaux),
- harmonie (trois points qui tiennent ensemble),
- élévation (sa pointe invite à monter).
En symbolique, le triangle ne sert pas à enfermer : il sert à orienter.
Le delta intérieur
On peut y entendre un écho initiatique : le triangle rappelle le delta, la lumière qui éclaire sans imposer, la vérité qui se révèle à celui qui cherche. Si le cercle et le carré décrivent la condition humaine — entre spirituel et matériel — le triangle murmure autre chose : la possibilité d’un axe, d’une direction intérieure.
Ce n’est pas tant “un secret” qu’une pédagogie : l’essentiel n’est pas ce qui saute aux yeux, mais ce qui se construit par l’attention. L’homme n’est pas une somme de mesures : il est une mesure en devenir.
De la proportion au travail sur soi
Léonard ne dessine pas seulement un corps : il propose un programme.
Le message n’est pas : “voici l’homme parfait”, mais plutôt :
voici la forme de ton chantier.
- Le carré : ce que tu fais dans le monde.
- Le cercle : ce que tu cherches au-delà de toi.
- Le triangle : ce que tu dois unir en toi — pensée, parole, action ; corps, âme, esprit ; volonté, intelligence, cœur.
Et peut-être est-ce cela, la véritable géométrie : non celle qui mesure l’homme, mais celle qui l’aide à se réunir.
L’harmonie cachée n’est pas un mystère, c’est un appel
Que ce triangle soit resté longtemps inaperçu nous rappelle une loi simple : la beauté la plus profonde se révèle rarement au premier regard. Elle demande du temps, de la patience, une disponibilité intérieure. Comme si l’Homme de Vitruve nous disait :
“Tu cherches des secrets dans le dessin… mais c’est toi que l’on initie.”
Références
- Vitruve, De Architectura, Livre III
- Slate.fr, « Une cache secrète du fameux Homme de Vitruve révélée par un dentiste », 7 juillet 2025
- DW Español, 3 juillet 2025
- El Diario, 4 juillet 2025


