À première vue, franc-maçonnerie et sport semblent appartenir à deux univers distincts. L’une relève de l’initiation, du symbolisme et du perfectionnement moral ; l’autre évoque l’effort physique, la compétition et le loisir. Pourtant, l’histoire montre que les liens entre ces deux mondes sont anciens, profonds et structurants.
La question mérite d’être posée : dans quelle mesure la franc-maçonnerie a-t-elle influencé l’organisation du sport, la création de clubs et certaines pratiques sportives modernes ?
LA FRANC-MAÇONNERIE AU CŒUR DE LA VIE SOCIALE AU XVIIIᵉ SIÈCLE

Née dans les îles Britanniques et structurée au XVIIᵉ siècle, la franc-maçonnerie s’est imposée au XVIIIᵉ siècle comme une force sociale majeure. Société initiatique et école de perfectionnement moral, elle repose sur des valeurs universelles : tolérance, fraternité, respect, coexistence pacifique entre les peuples.
À cette époque, les francs-maçons ne se limitaient pas aux travaux en loge. Ils participaient activement à la vie sociale : bals, fêtes, musique, théâtre, chasse… et jeux collectifs. Leur présence au cœur de la société explique naturellement leur intérêt pour les pratiques sportives, encore largement liées aux élites et aux confréries.
LE TIR À L’ARC : ENTRE TRADITION, CONFRÉRIES ET LOGES
Parmi les disciplines les plus prisées figure le tir à l’arc. Initialement réservé à la noblesse et aux milices urbaines, il s’est progressivement structuré autour de confréries, souvent placées sous la protection de figures symboliques :
- Saint Sébastien, martyr transpercé de flèches,
- Sainte Barbe, associée aux archers et arbalétriers,
- Saint Georges, patron de nombreuses confréries d’archers.
Des rapprochements formels eurent lieu entre loges maçonniques et clubs d’archers. En 1784, à Clermont-Ferrand, la loge Saint-Maurice s’allia aux chevaliers archers. À Dunkerque, haut lieu du tir à l’arc, la confrérie des arbalétriers de Saint-Georges sollicita en 1786 le Grand Orient de France pour établir une loge du même nom. La même année, le club d’archers de la noblesse parisienne fut réformé par le duc de Montmorency-Luxembourg, alors administrateur général du GOdF.
LE GOLF, UN SPORT STRUCTURÉ PAR DES FRANCS-MAÇONS
Au Royaume-Uni, berceau de la franc-maçonnerie, le golf constitue un autre exemple emblématique. Au milieu du XVIIIᵉ siècle, ce jeu traversait une période de déclin : peu réglementé, peu structuré, et délaissé par la cour.
C’est dans ce contexte que des francs-maçons s’en emparèrent, y voyant un espace de convivialité, de discipline et de sociabilité fraternelle. En 1744 fut fondée à Édimbourg la Honorable Company of Golfers, considérée comme le premier véritable club de golf. La cérémonie fondatrice fut présidée par William St. Clair de Roslin, Premier Grand Maître de la Grande Loge d’Écosse, et les statuts du club furent directement inspirés de ceux de la franc-maçonnerie.
D’autres clubs prestigieux partagent cette origine maçonnique, notamment la Royal Burgess Golfing Society of Edinburgh (1735) et le St Andrews Club (1754).
UNE TRADITION MAÇONNIQUE TRANSATLANTIQUE
Cette influence ne se limita pas à l’Europe. En 1743, David Deas, Grand Maître de la Grande Loge de Caroline du Sud, fonda un club de golf à Charleston, important des balles depuis l’Écosse. Cet exemple témoigne de l’existence d’une véritable communauté maçonnique atlantique, favorisant les échanges culturels et sportifs.
Les clubs de golf adoptèrent des pratiques directement inspirées de la franc-maçonnerie : parrainage des candidats, vote par boules blanches et noires, cérémonies d’accueil, toasts rituels au rythme du « trois fois trois ». Certains membres de la Royal Burgess allèrent jusqu’à porter des tabliers maçonniques décorés lors des cérémonies du club, tradition perpétuée aujourd’hui par la Friendly International Golf Fraternity.
FRANC-MAÇONNERIE ET SPORT MODERNE : L’EXEMPLE DES JEUX OLYMPIQUES
L’influence maçonnique se retrouve également dans l’histoire du sport moderne. Lors des Jeux olympiques de Londres en 1908, plusieurs francs-maçons jouèrent un rôle déterminant.
William Henry Grenfell, baron Desborough, Grand Surveillant de la Grande Loge Unie d’Angleterre, présida à leur organisation. Sportif accompli, il incarna l’idéal d’équilibre entre culture du corps, dépassement de soi et engagement moral.
UNE HISTOIRE ENCORE À EXPLORER
Loin d’être anecdotique, le lien entre franc-maçonnerie et sport révèle une conception commune : celle d’un perfectionnement global de l’être humain, associant discipline du corps, respect des règles, fraternité et élévation morale.
Cette histoire reste pourtant largement méconnue et mérite des recherches approfondies, notamment dans certains pays comme le Portugal, où le sujet demeure peu étudié.
RÉFÉRENCE
Victor Rosa


