Une évidence… pas si ancienne
Le bleu est aujourd’hui indissociable de la franc-maçonnerie symbolique. Tablier, décors de loge, tentures : les trois premiers degrés sont universellement qualifiés de « maçonnerie bleue ». Pourtant, cette association n’a rien d’immémorial. À l’origine, le tablier maçonnique était blanc, simple et sans ornement.
Le bleu apparaît progressivement au début du XVIIIᵉ siècle, au moment même où se structurent les rituels modernes et le système des trois degrés. Il ne s’agit donc pas d’un héritage médiéval, mais d’un choix réfléchi.
Les théories historiques : séduisantes mais fragiles
Longtemps, on a expliqué le bleu maçonnique par des emprunts aux ordres de chevalerie britanniques, notamment l’Ordre de la Jarretière et son célèbre ruban bleu. Ces hypothèses, popularisées par plusieurs auteurs maçonniques, reposent toutefois sur des indices faibles : une simple mention de « soie bleue » dans des textes anciens, sans preuve symbolique réelle.
Le « bleu Jarretière » n’est en réalité qu’une désignation textile, comparable à « bleu Oxford » ou « bleu Cambridge », sans lien initiatique démontré.

La piste biblique : une cohérence symbolique
Une explication bien plus solide apparaît lorsque l’on se tourne vers la Bible hébraïque, omniprésente dans la culture des fondateurs de la franc-maçonnerie moderne.
Le bleu biblique, nommé tchelet, est la couleur dominante des vêtements du Grand Prêtre du Temple de Jérusalem. L’éphod, souvent décrit comme une forme de tablier, devait être porté en bleu, couleur associée à la perfection, au sacré et à l’élévation spirituelle.
Ce choix fait directement écho au tablier maçonnique et à la centralité du Livre de la Loi sacrée dans la loge.
Bleu, ciel et connaissance
Le tchelet est aussi la couleur du ciel. Or, en hébreu, les racines du mot bleu se retrouvent dans des termes liés au livre, au nombre, à la sphère et au saphir. Autant de notions essentielles à la démarche maçonnique : connaissance, ordre, mesure et quête de la Vérité.
Ainsi, le bleu relie symboliquement :
- le Temple,
- le tablier,
- le Livre,
- et la voûte céleste.
Une couleur évidente pour le Maître Maçon
Le blanc a été conservé pour l’Apprenti et le Compagnon, symboles de pureté et de commencement. Mais le bleu s’est imposé naturellement pour le Maître Maçon, synthèse de la tradition biblique, de la connaissance et de l’élévation spirituelle.
Le bleu maçonnique n’est donc ni décoratif ni arbitraire. Il est une clé symbolique, discrète mais profonde, au cœur même de la franc-maçonnerie.
Inspiré des travaux de Leon Zeldis, FPS, 33°


