Entre deux colonnes, quelque chose bascule. Ce n’est pas un décor : c’est un seuil. Depuis toujours, l’entrée des lieux sacrés est encadrée par deux piliers, comme si l’accès à l’inconnu exigeait une traversée. En Franc-Maçonnerie, franchir les colonnes n’est pas “entrer dans une salle” : c’est changer d’état.
DEUX PILIERS POUR QUITTER LE MONDE DES CERTITUDES
Une colonne porte, soutient, stabilise. Elle dit la fondation, la solidité, la rectitude. Deux colonnes ensemble deviennent un portail : elles marquent la limite entre le connu et ce qui reste à découvrir.
L’imaginaire ancien plaçait déjà deux piliers aux frontières du monde : les Colonnes d’Hercule. L’avertissement traditionnel — ne va pas plus loin — se lit intérieurement : reste dans le confort des certitudes, dans le monde des opinions, dans la surface des choses. L’initié, lui, fait l’inverse : il passe.

BOAZ ET JACHIN : FORCE ET STABILITÉ
Dans le Temple maçonnique, les colonnes portent des noms : Boaz et Jachin.
- Boaz évoque la Force : la fermeté, l’énergie qui tient.
- Jachin évoque la Stabilité : l’établissement, l’ordre qui dure.
L’une sans l’autre se déforme : la Force devient dureté, la Stabilité devient inertie. Le travail maçonnique n’est pas de choisir un camp, mais de chercher la tension juste.
LE SECRET EST ENTRE LES COLONNES
Le symbole est là : entre. Entre les contraires, l’homme apprend à ne plus être gouverné par le réflexe de division. Le profane veut trancher : raison contre foi, lumière contre ténèbres, tradition contre modernité. Le maçon apprend une discipline plus exigeante : tenir les deux sans se briser.
De cette rencontre naît l’idée du pilier central : non pas un objet, mais une construction intime — l’homme réconcilié, capable d’unir sans confondre, de distinguer sans opposer. C’est en ce sens qu’on peut dire : un homme entre les colonnes est un maçon.
UNE LEÇON MODERNE : TENIR DEBOUT AU MILIEU DES POLARISATIONS
À l’ère des tribus numériques et des vérités immédiates, les colonnes posent une question simple :
es-tu capable de rester debout entre deux forces contraires sans devenir un instrument ?
Entre le spirituel et le temporel, entre l’intime et le social, entre l’idéal et la matière : l’initiation propose une voie de maturité. Le maçon n’est pas celui qui “sait”. C’est celui qui travaille, traverse, et bâtit.
Référence : Rosmunda Cristiano, « Un homme entre les colonnes est un maçon », 14 mai 2022.


