Il faut bien l’avouer : le vendredi 13 met certains francs-maçons dans un état de vigilance quasi rituelle. Non pas cette vigilance initiatique, noble et éclairée, mais une vigilance de bas étage, celle qui consiste à compter les pas avant d’entrer au temple, à vérifier trois fois que le maillet est bien posé, ou à soupçonner le Frère Trésorier d’un regard louche — on ne sait jamais.
Pourtant, dans une institution qui prétend travailler à la déconstruction des illusions, le vendredi 13 fait figure d’invité un peu gênant. Il s’assoit au fond du temple, ne dit rien, mais tout le monde le regarde du coin de l’œil. Car enfin, comment concilier la quête de la lumière avec la peur d’un chiffre mal réputé chez les joueurs de loto et les assureurs ?
Aucun rituel maçonnique ne redoute le vendredi 13.
Aucun catéchisme ne précise : « En ce jour, éviter les planches trop ambitieuses et les votes importants. »
Et pourtant, il y a toujours ce Frère — aimable, discret, mais perfide — qui murmure juste avant l’ouverture des travaux :
« Vous avez vu la date aujourd’hui ? »

Et voilà.
Le doute entre en loge sans avoir été dûment tuilé.
En réalité, le vendredi 13 agit comme un miroir cruel. Il révèle que, sous le tablier immaculé, subsiste parfois un profane inquiet, attaché à ses petites peurs, à ses chiffres fétiches, à ses traditions non initiatiques mais obstinément conservées. On a beau manier l’équerre et le compas, on hésite encore devant une date.
Or le franc-maçon devrait le savoir : le véritable danger n’est pas dans le calendrier, mais dans la paresse intellectuelle, dans le confort des croyances toutes faites, et dans cette tendance délicieuse à rire des superstitions… tant qu’elles sont celles des autres.
Le vendredi 13 n’est donc ni faste ni néfaste. Il est simplement un excellent révélateur de la sincérité du travail intérieur. Celui qui tremble ce jour-là tremblerait sans doute aussi devant une remise en question un peu trop directe.
Et puisque l’habit ne fait pas le moine, ni le tablier le franc-maçon, souvenons-nous de ceci :
ce n’est pas le vendredi 13 qui porte malheur, mais le Frère qui cesse de penser.
Quant aux autres, qu’ils mangent, boivent, rient et travaillent — car même un jour maudit vaut mieux qu’une loge endormie.
Billet de GADLU.INFO


