Dans la nuit du 25 au 26 janvier 2026, un incendie a ravagé le bâtiment historique de la loge maçonnique « Modestia cum libertate », située sur le Lindenhof à Zurich. Inauguré en 1853, ce lieu emblématique, qui abritait l’une des plus anciennes et des plus importantes loges maçonniques de Suisse, a été entièrement détruit par les flammes.
Alors que les autorités poursuivent leur enquête, cet événement relance une question sensible : la sécurité des francs-maçons est-elle aujourd’hui menacée en Europe ?
UN INCENDIE CRIMINEL ET UN CAMBRIOLAGE INQUIÉTANT
Selon les informations communiquées par les autorités zurichoises, l’incendie serait d’origine criminelle.
Plus troublant encore, un bâtiment annexe a été cambriolé dans le même laps de temps, avec la disparition de plusieurs objets. Le Ministère public du canton de Zurich a ouvert une enquête pénale contre inconnu afin de déterminer s’il s’agit d’actes isolés ou d’une action ciblée.
Si aucune piste n’est privilégiée à ce stade, la concomitance de ces faits suscite de légitimes interrogations au sein de la communauté maçonnique.

« Après un incendie à Zurich, les francs-maçons s’interrogent sur leur sécurité »
Publié le 11 février 2026 par Frédéric Koller
👉 https://www.letemps.ch/suisse/apres-un-incendie-a-zurich-les-francs-macons-s-interrogent-sur-leur-securite
UN LIEU SYMBOLIQUE DE LA FRANC-MAÇONNERIE SUISSE
La loge Modestia cum libertate occupait une place particulière dans l’histoire maçonnique helvétique.
Fondée au XIXᵉ siècle, elle incarnait un maillon important de la Grande Loge Suisse Alpina, principale obédience du pays, qui regroupe aujourd’hui 85 loges.
La destruction de ce bâtiment ne représente donc pas seulement une perte matérielle, mais aussi une atteinte au patrimoine culturel et symbolique de la franc-maçonnerie suisse.
LE RETOUR DES THÉORIES COMPLOTISTES ANTIMACONNIQUES
Pour de nombreux francs-maçons, cet événement s’inscrit dans un climat plus large de défiance et de radicalisation des discours.
« Cet événement est inquiétant, mais malheureusement prévisible au vu des nombreuses théories complotistes qui circulent sur les réseaux sociaux au sujet de la franc-maçonnerie », explique Dominique Freymond, membre de la Grande Loge Suisse Alpina.
Depuis plusieurs années, les discours antimaçonniques, souvent nourris de fantasmes anciens, connaissent un regain de visibilité sur les plateformes numériques.
Ces narratifs, qui attribuent à la franc-maçonnerie un rôle occulte et surdimensionné dans les affaires du monde, prospèrent dans un contexte social anxiogène, marqué par la perte de repères, la défiance envers les institutions et la recherche de boucs émissaires.
UN CLIMAT QUI RAPPELLE DE SOMBRES PÉRIODES HISTORIQUES
Certains observateurs n’hésitent pas à faire le parallèle avec les années 1930, période durant laquelle les francs-maçons furent régulièrement désignés comme ennemis intérieurs, persécutés ou interdits dans plusieurs pays européens.
Sans céder à l’alarmisme, les responsables maçonniques s’interrogent désormais sur la nécessité de renforcer les mesures de protection, tout en continuant à défendre les valeurs d’ouverture, de dialogue et de discrétion qui caractérisent l’Ordre.
ENTRE DISCRÉTION ET VISIBILITÉ : UN ÉQUILIBRE À REPENSER ?
Cet incendie pose une question délicate :
comment concilier la tradition de discrétion maçonnique avec les exigences contemporaines de sécurité et de transparence vis-à-vis du public ?
Pour beaucoup de francs-maçons, la réponse ne réside ni dans le repli ni dans la peur, mais dans une pédagogie accrue, une meilleure information du public et un dialogue constant avec la société civile.
UNE VIGILANCE NÉCESSAIRE, SANS RENONCER AUX VALEURS HUMANISTES
Alors que l’enquête se poursuit à Zurich, cet événement rappelle que la franc-maçonnerie, loin des fantasmes qui l’entourent, demeure un acteur associatif et philosophique exposé aux tensions de son époque.
La destruction de la loge Modestia cum libertate constitue un choc, mais aussi un appel à la vigilance, à la lucidité et à la responsabilité collective face à la montée des discours de haine et de désinformation.
Article rédigé à partir d’informations publiées par Le Temps (Suisse), 11 février 2026.


