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LE TRIPOINT MACONNIQUE ET L’ART DE COMPLIQUER L’ÉVIDENCE

Planches, Réflexions | 9 février 2026 | 0 | by A.S.

Le tripoint maçonnique ? Une convention typographique française. Point. Fin de l’histoire. Et pourtant… nous avons ce talent inégalable : prendre une chose simple, la passer au mixeur ésotérique, et en ressortir un pudding symbolique où cohabitent tranquillement les trois degrés, les trois Grandes Lumières, les pyramides de Gizeh… et, pour les plus inspirés, protons, neutrons et électrons. On croit rêver.

C’est ça, notre maladie chronique : confondre une habitude locale avec une loi de l’univers. Transformer une pratique administrative en révélation initiatique. Naturaliser l’accident et l’habiller en nécessité. Bref : faire du “non-sens” avec une assurance de conférencier.

La vérité, elle, ne demande pas d’encens. Elle demande un minimum d’histoire.

Avant 1700, pas de tripoint “maçonnique” au sens moderne. On trouve des points de suspension, des signes d’abréviation, des conventions héritées des scribes et des chancelleries : c’est de la paléographie, pas de la métaphysique. Des auteurs comme Adriano Cappelli attestent l’usage ancien et méthodique de ces procédés dès le Moyen Âge, et des autorités juridiques avaient déjà tenté d’en encadrer l’abus. Rien de mystérieux : juste des outils d’écriture.

Le tripoint tel qu’on l’emploie aujourd’hui surgit dans la France des Lumières, dans un moment où la maçonnerie se structure, se bureaucratise, et produit de plus en plus de documents. On en repère des traces précoces dans des archives de loge à Besançon (1764) avec des formules abrégées du type G∴O∴D∴F∴, puis la pratique est officiellement reconnue dans une circulaire administrative du Grand Orient au XVIIIᵉ siècle. Autrement dit : ce signe est né d’un besoin d’écriture, de classement, de correspondance. Pas d’une “révélation”.

Et la mécanique est limpide : les abréviations existaient déjà ; on leur a simplement donné une forme distinctive, élégante, immédiatement reconnaissable, qui évoque vaguement un triangle — donc “ça fait maçonnique”. Très vite, par l’habitude et l’entre-soi, le tripoint devient une signature graphique, une marque de style interne. Rien de plus. Rien de moins.

Le problème commence quand on confond signature et substance.

Car non, le tripoint n’a rien d’universel. Il ne l’a jamais été. Il n’est pas un passage obligé de l’Art Royal. Dans les traditions d’Europe centrale, dans les corpus allemands, dans des systèmes rituels comme celui de Schröder, dans des documents latins ou juridiques d’obédiences qui avaient d’autres habitudes d’écriture, le tripoint n’apparaît pas. Dans le monde anglo-saxon, les abréviations sont linéaires, sobres, fonctionnelles. Bref : la franc-maçonnerie a vécu très bien — et vit encore très bien — sans cette ponctuation triangulaire.

Mais pour certains, surtout là où le Rite a été importé avec ses manières françaises, l’accessoire devient l’essence. Le local devient “la vraie maçonnerie”. Et là, on bascule dans une forme de fondamentalisme typographique : le tripoint comme dogme, comme fétiche, comme test de pureté. Une caricature.

Le plus ironique ? Le délire symbolique arrive tard. Pendant longtemps, on décrit le tripoint pour ce qu’il est : une convention. Puis, à la fin du XIXᵉ siècle, on commence à lui coller des interprétations métaphysiques, à l’aligner sur des triangles divins, des spéculations hermétiques, des surcouches imaginaires. Et chaque génération ajoute sa couche… sans jamais revenir à la source.

Résultat : on ne lit plus un signe, on l’idolâtre. On ne situe plus une pratique, on la sacralise. On ne comprend plus une tradition, on la fige.

Alors, soyons honnêtes : le tripoint, c’est surtout plus d’histoire que de mystère. Le prendre pour une “essence maçonnique” universelle, c’est confondre le décor avec l’édifice. Ce n’est pas l’usage du tripoint qui pose problème — c’est la croyance qu’on lui accroche, comme une médaille imaginaire sur un tablier bien repassé.

Signez avec vos trois points, si vous y tenez. C’est respectable, c’est élégant, c’est français, c’est XVIIIᵉ. Mais ne racontez pas que vous tracez Khéops, la Trinité quantique ou l’ADN du cosmos. Vous faites de la typographie. Et ce n’est déjà pas si mal : au moins, c’est vrai.

En résumé : le tripoint n’est pas un mystère sacré. C’est une convention française devenue un fétiche quand on oublie l’histoire.

Rui Badaró, Vénérable Maître de la Loge Gotthold Ephraim Lessing n° 930, Loge de Sorocaba/SP, GLESP

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