Dans une loge, le fauteuil du Vénérable Maître n’est pas une chaise “comme les autres”. On l’appelle le Fauteuil (ou Trône) de Salomon. Et même si, matériellement, ce n’est qu’un meuble — parfois sobre, parfois plus orné, avec ou sans accoudoirs — son poids réel n’est pas dans le bois, mais dans le symbole.
Car en franc-maçonnerie, ce siège n’est pas un trône au sens profane. Il n’est pas destiné à flatter l’ego, mais à rappeler une idée essentielle : l’autorité n’a de légitimité que lorsqu’elle est exercée avec sagesse, prudence et justesse.
UN TRÔNE… MAIS PAS CELUI DE CÉSAR
Le détail le plus parlant, c’est son nom.
Ce n’est pas le “Trône de César”, ni celui d’Alexandre, ni d’un conquérant. C’est Salomon. Dans l’imaginaire biblique et symbolique, Salomon incarne la Sagesse. Et ce choix dit tout : dans la loge, le pouvoir n’est pas célébré pour sa force, mais accepté pour sa responsabilité.

Autrement dit :
- le pouvoir est transitoire (on le reçoit, on le rend),
- il est illusoire s’il n’est pas reconnu par les Frères,
- et il n’a de valeur que s’il sert le devoir.
LE MAILLET, L’ÉPÉE… ET LE SIÈGE
Avec le maillet (et, selon les rites, l’Épée Flamboyante), le Trône de Salomon fait partie des objets qui symbolisent l’autorité en loge. Un point revient toujours : ces attributs ne sont pas “collectifs”. Ils ne circulent pas au gré des envies. Ils marquent une fonction, un rôle, un moment.
Et ce rôle est clair :
celui qui s’assoit là a le pouvoir de diriger, trancher, ordonner le déroulement du travail. Mais ce pouvoir, en loge, obéit à une règle paradoxale et très maçonnique : il est incontestable… et pourtant il doit mériter l’adhésion.
L’AUTORITÉ NE SE DÉCRÈTE PAS : ELLE SE GAGNE
On ne contredit pas le Vénérable Maître pour le plaisir de contredire. L’harmonie de la loge repose sur la tenue, la méthode, le respect. Mais la franc-maçonnerie rappelle aussi une autre exigence : nul n’est tenu d’agir contre son gré.
Ainsi, l’autorité ne tient pas dans la posture, mais dans la qualité des décisions :
- sont-elles justes ?
- sont-elles réfléchies ?
- sont-elles judicieuses ?
En loge, le pouvoir se mesure à cela, à rien d’autre. Ni plus, ni moins.
“SANS FILET” : L’EXPÉRIENCE QUI TRANSFORME
Beaucoup de ceux qui ont occupé le Trône de Salomon décrivent un sentiment très particulier : celui d’être, d’une certaine façon, transformés.
Pas parce que la chaise serait magique.
Mais parce qu’elle matérialise d’un coup ce que l’on savait déjà en théorie : la charge, la confiance accordée, l’attente silencieuse des visages tournés vers vous… et cette réalité brutale :
vous êtes là… sans filet.
Et c’est précisément là que se fait l’apprentissage : on découvre que l’essentiel n’est pas d’avoir du pouvoir, mais d’être à la hauteur du devoir qui l’accompagne. La fonction élève lorsqu’elle est comprise comme un service.
CONDUIRE COMME UN FOU… MAIS JUSTE
C’est peut-être la formule la plus paradoxale, et pourtant la plus vraie : celui qui s’assoit sur le Trône de Salomon apprend à accomplir une tâche difficile — conduire, décider, maintenir le cap — en sachant que la seule “protection” durable, c’est la rectitude de l’intention et la justesse du geste.
Le siège de Salomon ne promet pas un confort : il rappelle une exigence.
Et il dit, en silence, ceci : le pouvoir est petit, le devoir est immense.
Référence
Extrait du blog « A Partir Pedra » – texte de Rui Bandeira, 22 décembre 2008 (repris sous le titre « La chaise de Salomon », 05/02/2009).


