La Grande Loge d’Espagne (GLE), principale organisation maçonnique du pays, vient d’élire un nouveau Grand Maître : Shaun Parsons-Herrera, présenté comme une figure plus jeune et “dynamique”, et désigné de longue date comme successeur par le Grand Maître sortant, le sénateur socialiste Txema Oleaga.
Selon El Confidencial, cette victoire tient à un facteur structurel souvent sous-estimé : le poids électoral des francs-maçons britanniques retraités installés sur les côtes espagnoles (Andalousie, Valence), capables de faire basculer un scrutin interne — d’autant plus que le vote en ligne a mobilisé des membres jusque-là moins présents dans les votes physiques.
Ce que révèle ce scrutin : continuité, fractures et “pouvoirs territoriaux”
1) Une succession préparée par Txema Oleaga
D’après le récit du média espagnol, Parsons-Herrera était perçu par certains cercles internes comme un candidat de continuité, en raison de proximités “logistiques et politiques” avec Oleaga.
Le nouveau Grand Maître avait été nommé Député Grand Maître (adjoint) et s’était vu confier des missions de représentation lors d’assemblées provinciales, lui donnant une visibilité nationale avant l’élection.

2) Le “clan” des retraités britanniques : un bloc décisif
Toujours selon El Confidencial, la maçonnerie espagnole compterait un électorat britannique concentré sur le littoral, exerçant une influence déterminante dans les scrutins internes.
Le journal explique que le vote aurait été massif en faveur d’un candidat “des leurs”, soutenu par Oleaga, sans que cela signifie nécessairement une adhésion idéologique “socialiste” des votants britanniques.
3) Des résultats très contrastés selon les territoires
Le scrutin met en évidence une GLE fragmentée :
- Parsons-Herrera aurait écrasé ses concurrents dans des zones comme l’Andalousie (où ses adversaires auraient fait “zéro”) et fortement dominé Valence.
- Les scores globaux rapportés : 539 voix pour Parsons-Herrera, 283 pour Jesús Gutiérrez Morlote, 101 pour Rubén Argemí (liste catalane, en tête en Catalogne).
- Gutiérrez Morlote aurait remporté Madrid, sans pouvoir compenser la dynamique côtière.
Une lecture “politique” des équilibres internes (selon la source)
L’article insiste sur une présence significative de profils liés au PSOE dans l’appareil de la GLE autour d’Oleaga (dont son frère Jesús Oleaga et Francisco Javier Rivas).
Il décrit aussi une rivalité entre deux sensibilités socialistes, l’une davantage “traditionnelle”, l’autre associée aux “sanchistes”, Oleaga étant présenté comme proche de Pedro Sánchez.
Point important pour une publication maçonnique : tout cela relève ici du cadrage journalistique et de témoignages internes rapportés par le média, non d’un communiqué officiel de la GLE.
Le rôle clé du Grand Orateur : Adolfo Alonso, “garant du droit maçonnique”
Parmi les éléments structurants, El Confidencial met en avant l’élection (en mars de l’année précédente) d’Adolfo Alonso comme Grand Orateur de la GLE, avec 54 % des voix, le présentant comme partisan d’une séparation plus nette entre politique et franc-maçonnerie.
Le journal rappelle que cette fonction intervient dans :
- la régulation et la direction des processus électoraux,
- la garantie du droit maçonnique,
- et l’instruction de procédures disciplinaires visant des grands officiers.
Dossiers disciplinaires, Canaries et climat de crise
Le papier évoque un mandat d’Oleaga jugé tumultueux : tensions internes, accusations de dérive “autoritaire”, controverses sur la gouvernance et sur certains dossiers, dont :
- l’exclusion (temporaire) de l’ancien Grand Maître Óscar de Alfonso,
- des polémiques liées aux Canaries et à l’attribution de marchés de matériel sanitaire pendant la période Covid,
- et la présence d’Ángel Víctor Torres à une inauguration de temple à Santa Cruz de Tenerife, dans un contexte où le média mentionne l’“affaire Koldo” et un coût public annoncé.
Les enjeux du nouveau mandat : pacifier, réconcilier, ré-aligner
Le nouveau Grand Maître dispose, selon l’article, de quatre ans pour apaiser une organisation divisée, refermer des fractures territoriales (centre vs littoral, Catalogne vs autres régions) et gérer un débat de fond : jusqu’où la maçonnerie doit-elle se protéger des logiques partisanes, sans renoncer à la pluralité d’opinions de ses membres ?
Source originale : Antonio Fernández, “El clan de los jubilados británicos dinamita la masonería española”, El Confidencial, 25 janvier 2026. (elconfidencial.com)


