Il y a des lieux où l’on baisse la voix sans y penser. Une bibliothèque. Une chapelle.
Et puis il y a le temple maçonnique : ce lieu où l’on ne vient pas faire du bruit, mais faire du sens.
En principe.
Car un mal moderne franchit parfois la porte du parvis : l’agitation. Pas seulement le bavardage. L’agitation intérieure, celle qui empêche d’être là sans commenter, d’écouter sans préparer sa réplique, de regarder sans juger. Et quand elle s’installe, le temple devient une salle comme une autre : on “assiste”, on “consomme”, on “donne son avis”. L’esprit, lui, recule.
Entrer, c’est déjà être en tenue
On n’entre pas au temple “entre deux”. On n’y arrive pas encore accroché au profane, téléphone tiède, esprit dispersé.
Entrer en tenue, c’est accepter une discipline simple : venir disponible. Au rituel. À l’écoute. À la transformation.

Le silence n’est pas une pause : c’est une épreuve
Le silence en loge est un outil. Il révèle ceux qui ne supportent pas de ne pas meubler : apartés, chuchotements, soupirs, connivences.
Or le temple enseigne l’inverse : le vide est un maître. Une parole a besoin de résonner. Un symbole a besoin de s’installer. L’écoute, ici, n’est pas politesse : c’est travail.
La tenue n’est pas un costume
On peut porter tablier et gants, et être absent. Parce que le vrai respect se voit dans l’attitude : posture, regard, sobriété, attention.
Il y a des frères et des sœurs qui parlent peu et élèvent l’ensemble. Et d’autres qui parlent beaucoup… et fatiguent la loge.
Le temple n’est ni ring ni plateau télé
Autre poison : la victoire. Vouloir avoir raison, corriger, briller, “clouer le bec”. L’égo adore ça.
Mais l’égo est le seul profane qui ne devrait pas être admis.
Avant de parler, une question suffit :
“Est-ce que je sers l’œuvre… ou est-ce que je me sers ?”
Rituel : ni folklore, ni gourdin
Deux caricatures : mépriser le rituel comme un folklore, ou s’en servir pour dominer. Le rituel est une langue : il se respecte en le pratiquant juste. Avec rigueur, sans tyrannie. Avec fidélité, sans posture.
Le vrai savoir-être : ne pas se mettre au centre
Le temple amplifie tout : l’humilité devient élégance, l’orgueil devient ridicule, la fraternité devient force, les manœuvres deviennent poison.
Alors, comment se comporter ?
Peut-être en revenant à une règle nette :
Ne pas se mettre au centre.
Arriver présent. Respecter le silence. Habiter la tenue. Pratiquer le rituel avec justesse. Et se rappeler que le temple n’est pas là pour flatter nos certitudes, mais pour polir nos aspérités.
Chronique maçonnique de GADLU.INFO


