Pendant des siècles, on a confondu « franc-maçonnerie masculine » avec « franc-maçonnerie d’hommes ». Comme si le sujet était réglé : tablier, moustaches, et voilà. Sauf que la question du masculin, en tradition initiatique, n’a presque rien à voir avec le sexe. Le masculin n’est pas un chromosome : c’est une dynamique. Et si certains s’étranglent déjà, tant mieux : c’est exactement le rôle d’une chronique.
Le masculin, dans les vieux langages symboliques, c’est l’élan, la poussée, l’expansion, la force qui met en mouvement. Le féminin, c’est la forme, la réception, la limite, la maturation. Deux principes. Deux souffles. Un seul objectif : créer, transformer, équilibrer. Le problème moderne, c’est qu’on a réduit ces mots à une guerre de territoires identitaires, alors qu’ils désignent d’abord des vertus, des fonctions, des forces en tension.

En loge, qui est le chaos ? Le néophyte. Celui qui débarque avec le monde extérieur dans les poches : passions, ego, impatience, opinions prêtes-à-servir. C’est brut, expansif, parfois incontrôlé. Appelons-le « masculin » si vous voulez — non pas pour l’accuser, mais pour le travailler. Parce que l’initiation ne demande pas d’effacer l’humain : elle demande de le maîtriser. Pas de castrer l’énergie, mais de la raffiner.
Et regardez le rituel : la polarité y est partout, si l’on cesse de jouer au touriste. Droite/gauche. Épée/baguette. Soleil/Lune. Mouvement/attente. Affirmation/réflexion. La tradition occidentale a codé tout cela depuis longtemps : le Soleil pousse, la Lune réfléchit. Et les officiers, les déplacements, les gestes, les outils — tout active des forces complémentaires. La loge n’est pas un théâtre moral : c’est une machine à équilibrer.
Le plus ironique ? Notre monde profane est déjà saturé de « masculin débridé » : croissance sans frein, vitesse, performance, opinion tapageuse, agitation permanente. La loge, elle, devrait être le laboratoire inverse : un sanctuaire où l’on apprend que la force sans sagesse devient brutalité, et que la sagesse sans force devient stérile.
Les hermétistes l’avaient dit sans trembler : le genre — au sens initiatique — est présent à tous les niveaux. Non pour enfermer, mais pour engendrer. Concevoir un plan ne suffit pas : il faut la volonté qui agit. Et agir sans vision ne produit que du bruit. Sagesse et Force ne sont pas des mots brodés sur des colonnes : ce sont des exigences. La “beauté”, au fond, n’est qu’un équilibre réussi.
Alors oui : il existe un « côté masculin » de la franc-maçonnerie. Mais ce n’est pas un club d’hommes. C’est une énergie à discipliner, une puissance à rendre juste, une poussée à mettre au service du vrai. Et si cette idée dérange, c’est qu’elle touche le nerf : le travail maçonnique commence précisément là où nos slogans s’arrêtent.
D’après un texe de Kristine Wilson-Slack


