On va évacuer tout de suite le scénario Netflix : non, il n’y a pas de salle de crise où l’on décide du prix de la baguette, ni de “code secret” pour contrôler les satellites. Une séance ordinaire à la franc-maçonnerie — appelée Tenue — c’est surtout un moment très cadré, très ritualisé, et franchement… beaucoup plus sérieux (et parfois plus méthodique) que bien des réunions d’entreprise.
1) L’OUVERTURE DES TRAVAUX : ON “PASSE EN MODE TEMPLE”
Ça commence par un rituel d’ouverture. Le Vénérable Maître (le président de la loge) vérifie que la loge est “à couvert” : comprenez, pas d’oreilles extérieures. Non pas parce qu’on prépare un coup d’État, mais parce qu’on tient à travailler au calme, sans le bruit du monde… et sans l’opinion immédiate de tout le monde sur tout.
On allume des bougies (les trois grandes Lumières), on ouvre le Volume de la Loi Sacrée (souvent la Bible, parfois un autre texte selon les rites). Et là, détail savoureux : les travaux s’ouvrent “à midi plein”, même quand il est 20h47. C’est une façon élégante de dire : “Ici, on ne vit pas dans l’horloge, on vit dans le symbole.” Ou, plus simplement : “On a décidé que c’était midi. Respectez.”

2) L’ORDRE DU JOUR : OUI, IL Y A DES COMPTES-RENDUS (ET C’EST LÀ QUE LES MYTHES MEURENT)
Une fois la séance ouverte, on enchaîne :
- Lecture de la planche tracée : le compte-rendu de la réunion précédente. C’est le moment où l’on découvre qu’en réalité, la franc-maçonnerie est capable de produire… des documents. Tragique pour les amateurs de mystère, mais utile pour ceux qui aiment quand les choses sont claires.
- Informations et courriers : nouvelles de l’obédience, annonces diverses, agenda. Oui, le réel existe.
- La “Planche” : le plat principal. Un membre présente un travail écrit sur un sujet symbolique, philosophique ou social. Autrement dit : on vient avec une réflexion, pas avec une punchline.
3) LA PAROLE CIRCULE : ICI, ON NE SE COUPE PAS LA PAROLE (C’EST PRESQUE SUBVERSIF)
Après l’exposé, place aux interventions. Et là, attention : choc culturel.
- On ne s’interrompt jamais. Oui, jamais.
- On demande la parole au Surveillant de sa colonne.
- On ne s’adresse pas directement à une personne : on parle “à la loge”.
Pourquoi ? Pour éviter le sport national : le débat où l’objectif est d’avoir raison. Ici, l’objectif est d’ajouter, de nuancer, de construire. Ce qui, convenons-en, est une forme d’audace dans une époque où tout le monde a un avis avant même d’avoir entendu la question.
4) LA FERMETURE : ON RANGE LES BOUGIES, PAS LES IDÉES
La séance se termine, comme elle a commencé, par un rituel.
- Passage du Tronc de la Veuve : une collecte pour la solidarité et les œuvres.
- Sac aux propositions : chacun peut déposer une note, discrètement (la version initiatique de “je vous enverrai un mail”).
- On éteint les bougies et les travaux sont fermés “à minuit plein”. Là encore, votre montre peut protester. Elle a tort.
5) LES AGAPES : LA VRAIE DIPLOMATIE (AVEC DU PAIN)
Après le “sacré”, vient le “profane” : les Agapes, le repas fraternel. C’est là qu’on respire, qu’on rit, qu’on parle plus librement, et que les liens se créent vraiment. Si vous cherchez “le moment où ça devient humain”, il est souvent là.
EN RÉSUMÉ (POUR CEUX QUI AIMENT LES DÉMYSTIFICATIONS)
Une Tenue, c’est une réunion ritualisée pour travailler sur soi et sur des idées, avec une discipline de parole qui vise la profondeur plutôt que la performance. C’est parfois déroutant, parfois amusant par la forme… mais le fond est sérieux : apprendre à écouter, à réfléchir, et à progresser.


