À la veille du scrutin interne prévu le samedi 17 janvier 2026, la Gran Logia de España (GLE) – principale obédience maçonnique “régulière” en Espagne – se retrouve au centre d’une séquence médiatique inhabituelle, mêlant querelles de gouvernance, soupçons de politisation et controverse technique autour du vote électronique. Plusieurs publications espagnoles décrivent une organisation travaillée par des tensions internes, dans un contexte où le Grand Maître sortant, le sénateur socialiste basque José María “Txema” Oleaga, a choisi de ne pas briguer un nouveau mandat.
Précision utile : certains articles ou reprises en français évoquent à tort la “Grande Loge d’Angleterre”. Le sujet concerne bien la Grande Loge d’Espagne (Gran Logia de España, GLE).
Un climat décrit comme “explosif” : deux camps, une même accusation de politisation
D’après El Cierre Digital, des sources internes évoquent l’existence de deux sensibilités opposées : un secteur qualifié de “sanchiste” (proche de l’actuel PSOE au pouvoir) et un secteur dit “réformiste”, critique de la direction sortante. Dans ce récit, la question centrale n’est pas seulement le choix d’un Grand Maître, mais la crainte d’une politisation de la gouvernance maçonnique, plusieurs responsables étant aussi engagés dans la vie publique.
Le site Adelante España reprend cette lecture sous un angle beaucoup plus militant, en parlant d’une lutte entre “sanchistes” et “felipistes” (référence à l’ère Felipe González) et en avançant l’idée d’un “contrôle” socialiste structurel de la GLE. Ce cadrage relève toutefois davantage de l’éditorialisation que d’un constat documenté, et doit être lu comme tel.

Les candidatures : continuité contre alternative “réformiste”
Sur le plan strictement électoral, les noms qui reviennent le plus souvent dans la presse consultée sont :
- Shaun Parsons, présenté comme le candidat continuateur et soutenu par l’entourage de la direction sortante.
- Jesús Gutiérrez Morlote, cardiologue, ancien haut responsable de la santé publique espagnole dans les années 1990 (période Felipe González), décrit comme le candidat rassemblant l’opposition interne.
The Objective ajoute un élément important : la candidature Gutiérrez Morlote aurait été renforcée par le ralliement de deux concurrents (Joe Mondéjar et Luis Ferrer), mentionnés comme s’étant retirés pour le soutenir.
Le nœud de la crise : le vote téléphonique/électronique et la confiance dans le processus
La controverse la plus concrète porte sur l’architecture du scrutin. The Objective rapporte que l’élection doit se tenir selon un format mixte (présentiel et à distance), et que l’équipe de Gutiérrez Morlote a adressé une lettre à la Commission électorale contestant le choix du dispositif de vote en ligne, au motif qu’il serait lié à une société dissoute, et en demandant davantage de transparence sur l’opérateur, la chaîne de traitement des données et la certification des résultats.
Toujours selon The Objective, Txema Oleaga conteste l’interprétation : il ne s’agirait pas d’un contrat avec une société “disparue”, mais de l’usage d’un logiciel dont la propriété aurait changé de mains (vers une autre structure), et il affirme que des votes en ligne ont déjà eu lieu depuis 2021 sans contestation majeure. Le média indique néanmoins que ces explications n’ont pas suffi à apaiser les inquiétudes de la liste opposante.
De son côté, El Cierre Digital insiste sur le fait que ce changement de modalité (plus de distance, moins de présentiel) nourrit la méfiance d’une partie des loges et s’agrège à un reproche plus large : manque de transparence, concentration du pouvoir, et sentiment d’éloignement entre base et direction.
Ce que cette séquence dit, au-delà du cas espagnol
Quelles que soient les conclusions du vote, ces articles révèlent un phénomène récurrent dans l’histoire contemporaine des obédiences : lorsque la gouvernance est perçue comme trop verticale, et qu’un scrutin interne se déroule dans un climat social et politique polarisé, la maçonnerie devient un objet médiatique — parfois à travers des grilles de lecture très partisanes.
Pour GADLU, l’enjeu éditorial consiste donc à distinguer clairement :
- les faits vérifiables (date du vote, candidats, contestation formelle du dispositif, réponse du Grand Maître sortant),
- des allégations ou “récits” portés par des sources anonymes ou des médias à ligne politique marquée,
- et la question de fond : comment une obédience gère la confiance interne lorsqu’elle modifie ses mécanismes électoraux et que ses dirigeants sont exposés médiatiquement.
Sources :
- https://adelanteespana.com/guerra-interna-en-la-masoneria-entre-sanchistas-y-felipistas
- https://elcierredigital.com/investigacion/tension-elecciones-gran-logia-guerra-masoneria-senador-socialista-txema-oleaga


