Des policiers francs-maçons sous pression
Des policiers membres de la franc-maçonnerie au Royaume-Uni se disent profondément affectés par une nouvelle mesure imposée par la Metropolitan Police Service.
Désormais, les agents devront déclarer formellement leur appartenance à une loge maçonnique, au même titre que certaines situations personnelles sensibles.
Pour plusieurs officiers interrogés par le journal Metro, cette décision suscite inquiétude, incompréhension et colère, certains craignant que leur carrière ne soit compromise malgré une conduite irréprochable.

Une décision lourde de symboles
Cette obligation de déclaration fait suite à une recommandation du Daniel Morgan Independent Panel, chargé d’examiner les défaillances institutionnelles autour de l’assassinat du détective privé Daniel Morgan en 1987.
Selon ce rapport, la franc-maçonnerie aurait constitué, dans certaines enquêtes historiques, une source de suspicion récurrente, nourrissant la défiance du public vis-à-vis de l’impartialité policière.
C’est sur cette base que New Scotland Yard a décidé d’inscrire l’appartenance maçonnique dans la liste des « associations déclaratives ».
« Être franc-maçon ne fait pas de moi un policier partial »
Un officier londonien, franc-maçon depuis plus de douze ans, témoigne anonymement :
« Être franc-maçon et être policier sont deux choses totalement distinctes.
Je n’ai jamais reçu ni accordé le moindre traitement de faveur. »
Il compare cette mesure à une stigmatisation injustifiée, s’interrogeant :
« Pourquoi ne pas demander aussi si nous sommes membres d’un club de rugby, de golf ou d’une association caritative ? »

Un sentiment partagé par d’autres policiers, qui redoutent désormais que cette déclaration ne devienne un frein aux promotions ou aux mutations, voire une discrimination indirecte.
La réaction de la Grande Loge Unie d’Angleterre
Face à cette décision, la United Grand Lodge of England (UGLE) a saisi la Haute Cour de justice afin de contester la légalité de la mesure.
L’UGLE rappelle que :
- seuls 440 policiers francs-maçons exercent au sein de la Met sur plus de 32 000 agents ;
- environ 1 200 francs-maçons policiers sont recensés dans tout le Royaume-Uni ;
- la franc-maçonnerie anglaise est publique, déclarée et largement tournée vers la philanthropie.
Une question de confiance… et de liberté
La police métropolitaine justifie sa décision par une consultation interne :
deux tiers des agents interrogés estiment que l’appartenance maçonnique peut affecter la perception d’impartialité auprès du public.
Pour les autorités, la priorité est claire :
« Les victimes doivent pouvoir avoir confiance dans la transparence des enquêtes et l’absence de conflits d’intérêts. »
Mais pour les policiers francs-maçons, cette logique pose une question fondamentale :
👉 Où s’arrête la transparence légitime, et où commence l’intrusion dans la vie privée ?
Faut-il demain déclarer son appartenance religieuse, philosophique ou associative ?
Une franc-maçonnerie injustement caricaturée
Les témoignages recueillis soulignent une réalité souvent méconnue :
- les rituels sont documentés et accessibles ;
- les loges sont principalement des espaces de réflexion morale, de tradition et de solidarité ;
- les activités sont majoritairement caritatives et conviviales.
Un officier résume avec simplicité :
« Il n’y a rien de secret. Nous discutons, nous partageons un repas, nous faisons de la charité. »
Un débat révélateur de notre époque
Cette affaire illustre une tension contemporaine profonde entre :
- exigence de transparence institutionnelle,
- liberté d’association,
- et soupçon permanent envers les structures initiatiques ou symboliques.
La question demeure ouverte :
👉 la franc-maçonnerie doit-elle être traitée comme un risque, ou comme une composante normale de la société civile ?


