Le franc-maçon ne regarde jamais l’heure comme tout le monde. Il la considère. Le temps n’est pas pour lui un simple enchaînement de minutes, mais une matière à travailler. Il sait qu’il est toujours en retard quelque part et en avance ailleurs. Cela le rassure.
Il arrive souvent trop tôt. Beaucoup trop tôt. Il s’assoit, observe, attend. Les autres pensent qu’il est pressé. En réalité, il est déjà en train de travailler. Attendre est une activité très sérieuse quand on a appris à se taire.
Quand il est en retard, il ne s’énerve pas. Il relativise. Le temps est une construction humaine, se dit-il, tout en marchant plus vite. Il arrive essoufflé, mais philosophe. Il s’excuse brièvement. L’essentiel n’est pas l’heure, mais la présence. Il y croit sincèrement.

Face à l’urgence moderne, le franc-maçon résiste. Les notifications vibrent, les délais raccourcissent, tout doit aller vite. Lui ralentit. Il lit lentement, parle posément, réfléchit avant de répondre. On lui reproche parfois sa lenteur. Il appelle cela la profondeur.
Il sait aussi que le temps n’agit pas seul. C’est le travail répété qui transforme. La pierre ne se polit pas en un jour. Ni l’homme. Il accepte donc que certaines choses prennent des années. Voire une vie. Il n’est pas pressé. Il est engagé.
Le soir venu, il repense à la journée. Pas à ce qu’il a fait, mais à ce qu’il a compris. Le temps passé à écouter n’est jamais perdu. Le temps passé à se corriger est un investissement discret mais durable.
Conclusion : le franc-maçon ne cherche pas à maîtriser le temps. Il apprend à s’y inscrire. À respecter son rythme. À comprendre que la vraie initiation ne se mesure pas en heures, mais en transformations silencieuses.
Le franc-maçon ne court pas après le temps. Il marche avec lui.


