Il existe des ennemis déclarés de la Franc-Maçonnerie : les dictatures, les persécutions, les lois d’exception, les campagnes de diffamation. Mais il en est un, plus sournois encore, qui agit sans bruit, sans chaînes ni cachots, et dont les dégâts sont parfois irréversibles : le franc-maçon vaniteux et arrogant.
Ce personnage n’attaque pas l’Ordre de l’extérieur. Il l’use de l’intérieur, tel un cheval de Troie, sapeur patient et méthodique de l’idéal initiatique.
L’IMPOSTURE DE LA VERTU AFFICHÉE
Dès les premiers échanges, le masque tombe.
Ce franc-maçon moralisateur proclame haut et fort des vertus qu’il ne possède pas. Il parle d’humilité, de fraternité, de sagesse, mais ses actes démentent ses paroles. L’écart entre ce qu’il prêche et ce qu’il pratique est si visible qu’il ne trompe que lui-même.
Pour lui, la Franc-Maçonnerie n’est ni un chemin de transformation, ni un travail sur soi. Elle est une vitrine, un décor flatteur, un véhicule social – parfois même une voiture de luxe imaginaire – destiné à masquer ses propres carences.

DEUX VISAGES, UNE MÊME MÉDIOCRITÉ
Sous des apparences différentes, cette vanité se décline en deux figures principales.
L’ignorant en quête de prestige
Faute de reconnaissance dans la vie profane, il cherche dans la loge des titres, des rubans et une illusion d’importance. La Franc-Maçonnerie devient pour lui un refuge compensatoire, une béquille narcissique destinée à soulager la douleur de l’incompétence et de la médiocrité.
L’érudit narcissique
Plus instruit, parfois brillant dans le monde profane, il n’en est que plus dangereux. Collectionneur de médailles et d’honneurs, il exige une déférence permanente. Toute critique, surtout lorsqu’elle émane d’un frère plus jeune ou plus compétent, est vécue comme une agression personnelle. Derrière l’arrogance se cache une peur profonde : celle d’être démasqué.
Dans les deux cas, le résultat est identique : la loge devient un théâtre de l’ego.
UN CLIMAT DE PEUR ET DE STÉRILITÉ
Incapable de polir sa propre pierre brute, ce franc-maçon entrave le travail des autres.
Il freine les Apprentis et les Compagnons, non par souci pédagogique, mais pour dissimuler son ignorance. Il interdit les débats qu’il ne maîtrise pas, censure les idées divergentes, étouffe la liberté d’expression – pourtant pilier fondamental de la tradition maçonnique.
Au lieu d’éclairer, il obscurcit.
Au lieu de transmettre, il retient.
Au lieu d’élever, il rabaisse.
La loge, censée être un espace de progrès et de fraternité, se transforme alors en un lieu de tensions, de frustrations et de conflits larvés.
LE CULTE DU DÉCOR, LE MÉPRIS DU SENS
L’une des scènes les plus indécentes reste celle de ce franc-maçon prêchant l’humilité, couvert de décorations, bardé de rubans, de bijoux et d’insignes inutiles. Il confond la symbolique avec l’accumulation, l’initiation avec l’apparat, l’engagement avec le costume.
Ses tabliers et ses colliers ne reflètent plus les engagements pris, mais seulement un besoin compulsif de reconnaissance. Les allégories maçonniques, lorsqu’il les comprend, il les méprise ; lorsqu’il ne les comprend pas, il les instrumentalise.
UN DANGER POUR L’ORDRE… ET POUR LUI-MÊME
Ce franc-maçon arrogant ne suscite ni respect ni admiration. Il provoque le rejet, parfois le mépris silencieux. Dans sa vie profane comme dans sa vie initiatique, ses relations sont rarement sincères : elles reposent sur l’intérêt, la peur ou l’opportunisme.
La Franc-Maçonnerie, qui devrait améliorer l’homme, la société et la famille, devient sous son influence une source de désordre. Et lui-même, croyant se hisser vers la lumière, s’enfonce toujours davantage dans l’ombre de son propre ego.
UNE MISE EN GARDE SALUTAIRE
La Franc-Maçonnerie ne manque ni de symboles, ni de rites, ni de traditions.
Elle manque parfois de courage : celui de reconnaître que son plus grand ennemi n’est pas toujours à l’extérieur, mais parfois assis en loge, revêtu d’un tablier qu’il n’a jamais mérité intérieurement.
La vanité et l’arrogance sont incompatibles avec l’initiation.
Là où l’ego règne, la Lumière se retire.
João Herrera
Orient de Campo Grande – GOB-MS
M∴ I∴ et 33e du Rite Écossais Ancien et Accepté




j’ai cru un moment que l’illustration représentait alain bauer