Être franc-maçon en famille est sans doute l’exercice le plus délicat qui soit. En loge, on vous écoute. En famille, on vous connaît. Nuance fondamentale. Le franc-maçon rentre donc chez lui avec une résolution simple : ne pas philosopher. Il s’assoit, il sourit, il se tait. Ça ne dure jamais longtemps.
Au premier repas, quelqu’un lance un sujet sensible. Politique, religion, éducation des enfants, tout est possible. Le franc-maçon sent son cœur battre un peu plus fort. Il inspire profondément. Tempérance. Prudence. Il répond calmement, avec mesure, nuance, bienveillance. Silence autour de la table. On le regarde. Quelqu’un finit par dire : « Tu parles bizarrement aujourd’hui. » Le diagnostic est posé.
On lui pose ensuite LA question, celle qu’il redoute plus qu’un passage en chambre du milieu : « Alors, vous faites quoi exactement en loge ? » Il sourit. Il cherche une réponse simple. Il échoue. Il commence par : « C’est surtout symbolique… » Trois secondes plus tard, tout le monde a décroché. Un enfant demande s’il y a des épées. Un autre s’il est dans une secte. Lui se demande s’il aurait dû dire qu’il jouait aux cartes.

Plus tard, quelqu’un évoque un conflit familial. Le franc-maçon écoute, sans interrompre, hoche la tête, reformule presque. Mauvaise idée. On lui répond : « On ne te demande pas une planche, on veut juste savoir de quel côté tu es. » Il comprend alors que la neutralité, hors du temple, est perçue comme une trahison.
Dans l’après-midi, il observe. Il voit les tensions, les non-dits, les vieilles querelles. Il se dit qu’un bon rituel d’ouverture ferait du bien à tout le monde. Il se tait. Il a appris.
Le soir venu, alors que la maison s’apaise, quelqu’un lui glisse discrètement : « En fait, tu fais du bien quand tu écoutes comme ça. » Il sourit intérieurement. Peut-être que le travail a quand même porté ses fruits.
Conclusion : un franc-maçon en famille ne transmet pas des symboles, il incarne. Il ne donne pas de leçon, il montre. Et s’il échoue souvent, il persévère. Parce que travailler sur soi, c’est aussi accepter que les siens vous préfèrent parfois imparfait… mais sincère.
Chute signature : Le franc-maçon ne cherche pas à avoir raison. Il cherche surtout à rester fraternel… même à table.



