Chaque mois de janvier, le monde se réveille avec une étrange frénésie : on promet, on jure, on affiche. Moins de sucre, plus de sport, moins d’écrans, plus de lectures. On dresse des listes comme on dresse des bilans, avec cette petite illusion qu’un changement de calendrier suffit à changer l’homme.
Et puis… la vie reprend. Les urgences, les habitudes, les excuses confortables. Les résolutions s’évaporent comme une buée sur une vitre froide.
En Loge, pourtant, nous savons une chose simple : le temps ne transforme rien à lui seul. Ce n’est pas l’année qui nous change. C’est le travail.
LA RÉSOLUTION QUI COMPTE : SE REMETTRE AU TRAVAIL
Le maçon a ceci de particulier qu’il ne peut pas se contenter de “souhaiter” devenir meilleur. Il s’engage. Il s’astreint. Il accepte de revenir, encore et encore, sur la même pierre — cette partie de lui-même qu’il aimerait parfois oublier.
Alors, si je devais proposer une seule “bonne résolution” maçonnique, ce serait celle-ci : reprendre le chantier avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux.
Parce que nous confondons souvent deux choses :
- la volonté (belle, fragile, enthousiaste),
- et la discipline (discrète, régulière, efficace).
La première fait des déclarations.
La seconde fait des actes.
MOINS DE PROMESSES, PLUS DE SILENCE FÉCOND
La nouvelle année nous pousse à parler : “Cette fois, c’est décidé.”
Mais le chemin initiatique, lui, nous apprend l’inverse : se taire pour entendre, s’alléger pour comprendre, ralentir pour bâtir.
Et si la vraie résolution était de réduire le bruit ?
- Bruit des opinions immédiates.
- Bruit des certitudes prêtes à l’emploi.
- Bruit des colères rentables.
- Bruit des egos qui réclament une place au centre du tableau.
Dans le silence, quelque chose se réorganise. On cesse de réagir. On commence à choisir.
UNE RÉSOLUTION D’ATELIER : RETROUVER LA JUSTESSE
On parle beaucoup de “devenir la meilleure version de soi-même”. Formule moderne, brillante, un peu publicitaire. Le maçon, lui, cherche autre chose : la version la plus juste.
Plus juste dans la parole :
Dire moins, mais dire vrai. Éviter l’ironie qui blesse, la remarque qui humilie, le mot qui “gagne” au lieu de relier.
Plus juste dans l’écoute :
Écouter pour comprendre, pas pour répondre.
Plus juste dans le regard :
Ne pas réduire l’autre à son défaut du moment. Se souvenir que chacun porte des combats invisibles.
Plus juste dans l’action :
Faire ce qui est utile, même si ce n’est pas glorieux. Le Temple se construit avec des gestes simples.

LA RÉSOLUTION LA PLUS DIFFICILE : SE CORRIGER SANS SE DÉTESTER
Il existe un piège spirituel très courant : croire que se perfectionner suppose de se condamner. Or, la voie initiatique n’est pas une machine à culpabiliser. Elle est une école de lucidité.
Se voir clairement, oui.
Se flageller, non.
La pierre brute n’est pas honteuse : elle est le point de départ.
Et parfois, la meilleure résolution, c’est simplement de ne pas abandonner : continuer à tailler, même quand l’enthousiasme est parti.
RÉSOULUTIONS MAÇONNIQUES : 7 PETITES PIERRES POUR 12 MOIS
Si vous aimez les listes (et en janvier, qui n’aime pas les listes ?), voici sept résolutions “de Loge” qui tiennent dans une poche :
- Revenir à la régularité : un peu chaque jour vaut mieux qu’un grand élan par trimestre.
- Polir sa parole : parler pour éclairer, pas pour briller.
- Exercer l’écoute : laisser une place réelle au silence de l’autre.
- Réduire l’inutile : moins d’objets, moins d’orgueil, moins de dispersion.
- Lire et relire : pas plus, mais mieux. Approfondir au lieu d’accumuler.
- Pratiquer la fraternité concrète : un appel, un service, une présence, pas seulement de belles intentions.
- Travailler la cohérence : que le dehors s’aligne avec le dedans.
ET SI LA NOUVELLE ANNÉE ÉTAIT UN PRÉTEXTE SACRÉ ?
Au fond, janvier n’est qu’un symbole. Mais nous aimons les symboles : ils sont des portes. La nouvelle année est peut-être cela : une porte que l’on choisit de franchir consciemment.
Pas pour “être parfait”.
Pas pour “réussir sa vie”.
Mais pour avancer d’un pas plus juste vers soi-même, et donc vers les autres.
Car c’est bien là le secret : on ne reconstruit pas le monde avec des résolutions écrites. On le reconstruit avec des hommes qui se travaillent.
Bonne année, mes Frères, mes Sœurs.
Et bon chantier.



