Il fut un temps où l’on demandait aux francs-maçons de se taire.
Aujourd’hui, on leur demande de se déclarer.
Demain, qui sait ? Peut-être de porter l’équerre sur la casquette et le compas en pin’s réglementaire.
À Londres, la police a donc décidé que les policiers francs-maçons devaient signaler leur appartenance, au nom de la transparence, de la confiance du public et – n’ayons pas peur des mots – de la chasse aux loyautés secrètes. Voilà une expression qui fleure bon le roman d’espionnage… ou le fantasme du XIXᵉ siècle.
Transparence totale… sauf pour les autres
Soyons clairs : aucun franc-maçon sérieux ne conteste le principe de la probité. Nous savons ce qu’est un serment, un engagement, une éthique. On nous le rappelle d’ailleurs à chaque tenue, parfois plus souvent qu’il ne faudrait.
Mais la question mérite d’être posée :
pourquoi la franc-maçonnerie ?
pourquoi pas les clubs de golf, les réseaux d’anciens élèves, les fraternités professionnelles, les cercles de chasse, les associations de bridge, ou les groupes WhatsApp “Entre nous, surtout n’en parle pas” ?

À croire que la seule organisation soupçonnée d’avoir une influence mystérieuse sur l’ordre du monde reste celle où l’on passe une bonne partie du temps à discuter du sens d’un maillet et à se demander si la planche n’était pas trop longue.
Le fantasme du “frère qui tire les ficelles”
Il faut reconnaître une chose : le mythe est tenace.
Dans l’imaginaire collectif, le franc-maçon est partout :
- au commissariat,
- au tribunal,
- au Parlement,
- et probablement aussi à la météo, quand il pleut un peu trop.
Dans la réalité, il est surtout :
- en retard pour sa tenue,
- incapable de retrouver ses gants,
- et en profond désaccord avec les autres frères sur l’ordre du jour.
Si c’est cela, le complot, alors il est remarquablement inefficace.
Déclarer pour rassurer… ou pour désigner ?
Car derrière le mot “transparence”, se cache parfois un autre verbe : désigner.
Désigner une catégorie.
Désigner une différence.
Désigner un “à part”.
Et c’est là que beaucoup de frères, policiers ou non, commencent à grincer des dents. Non pas parce qu’ils ont quelque chose à cacher, mais parce qu’ils savent que l’histoire européenne n’a jamais très bien commencé quand on a demandé à certains citoyens de se signaler officiellement.
Le paradoxe maçonnique
Ironie suprême : on reproche à la franc-maçonnerie son secret, alors même qu’elle publie ses constitutions, ses principes, ses valeurs, ses temples, ses obédiences, ses communiqués… et parfois même un peu trop ses querelles internes.
Le seul vrai secret, au fond, c’est que :
nous ne sommes pas plus puissants que les autres,
nous sommes juste un peu plus symboliques.
Conclusion (à la manière d’un Vénérable un peu fatigué)
Si l’Europe observe cette affaire de près, ce n’est pas parce que les francs-maçons seraient dangereux.
C’est parce que ce qui arrive aux francs-maçons aujourd’hui pourrait arriver à d’autres demain.
Et comme toujours en loge, la vraie question n’est pas :
« Faut-il déclarer ? »
Mais bien :
« Jusqu’où peut-on aller sans perdre l’essentiel : la liberté, la dignité, et le droit d’être soi sans justification permanente ? »
En attendant, frères policiers britanniques, rassurez-vous :
quoi qu’il arrive, le mot de passe changera à la prochaine tenue… et personne ne s’en souviendra de toute façon.
Billet d’humeur maçonnique de GADLU.INFO




