Masculin et féminin en franc-maçonnerie : au-delà du genre
Il y a trente ans, si l’on m’avait demandé si la franc-maçonnerie était masculine, j’aurais répondu : « Existe-t-il autre chose ? » Pendant plus de trois siècles, l’idée dominante a été que tous les francs-maçons devaient être des hommes.
À l’époque, je n’avais pas encore compris qu’il existait bien plus de significations pour « masculin » et « féminin » que ce que l’on nous enseigne, et que la franc-maçonnerie elle-même recelait une richesse symbolique dépassant largement les questions de genre physique ou social.
Masculin et féminin : principes universels
Dans ce texte, il ne s’agit pas du genre des membres, mais des attributs masculins et féminins que l’on retrouve dans les rituels, symboles et philosophies maçonniques.

La franc-maçonnerie cherche à unir, non à diviser ; à créer de l’ordre dans le chaos et de l’harmonie dans la cacophonie. Les aspects masculins et féminins ne sont pas des opposés irréconciliables : ils se complètent et permettent de trouver un équilibre.
Cette vision plonge ses racines dans les anciennes écoles de mystères, nourries par le gnosticisme, le stoïcisme, le néoplatonisme et l’hermétisme.
Le masculin dans le rituel maçonnique
Le masculin initiatique est associé à la force, à l’expansion, à la libération. On le retrouve :
- dans le chaos du néophyte, qui arrive en loge avec ses passions et son désordre intérieur pour être transformé,
- dans les mouvements rituels (utilisation de la main droite, du pied droit, côté extérieur, énergie expansive),
- dans certains symboles actifs : bâtons, épées, outils portés à droite.
À l’inverse, le féminin initiatique incarne la réceptivité, la forme, la restriction, l’introspection. L’un n’existe pas sans l’autre : la franc-maçonnerie propose un équilibre constant entre les polarités.
Symboles et polarités
Les symboles maçonniques révèlent cette complémentarité :
- Le Soleil est traditionnellement masculin, rayonnant et créateur.
- La Lune est féminine, réceptive et réfléchissante.
- Les étoiles sont neutres.
Chaque geste, chaque outil, chaque image peut basculer de masculin à féminin selon son usage, son orientation (droite/gauche) ou le moment du rituel.
Le principe hermétique du genre
Le Kybalion, texte fondamental de l’hermétisme, affirme :
« Le genre est présent en toute chose ; tout possède son principe masculin et féminin ;
le genre se manifeste en tous les plans. »
Dans cette perspective :
- Le masculin est la volonté, la force motrice, l’action.
- Le féminin est la conception, l’idée, la sagesse qui donne forme.
Le rituel maçonnique reflète cette dynamique : la sagesse (féminin) a besoin de la force (masculin) pour produire la beauté.
Échos dans d’autres traditions
- Taoïsme : équilibre du Yin (féminin) et du Yang (masculin), dont l’harmonie engendre la création.
- Hindouisme : complémentarité de la Shakti (puissance féminine) et de l’énergie masculine qui la déclenche.
- Bible (Proverbes 8) : la Sagesse, principe féminin, accompagne Dieu dans l’acte de création.
Ces traditions montrent que le féminin et le masculin sont deux forces cosmiques nécessaires à l’existence et à la création.
Vers une égalité spirituelle
La franc-maçonnerie, en explorant ces polarités, invite ses membres à aller au-delà des divisions humaines pour embrasser une vision philosophique, symbolique et spirituelle du genre.
Pour l’auteure, Maçona engagée, ce travail est un objectif digne : reconnaître l’importance égale du masculin et du féminin dans la quête initiatique, afin d’offrir à l’humanité entière une voie d’équilibre et d’unité.



quand je lis : Le Kybalion, texte fondamental de l’hermétisme, tout le reste du texte perd toute sa valeur