« L’Occident est devenu un objet de haine qui s’alimente des ressentiments venus de toute part », estime l’ancien membre du conseil économique, social et environnemental dans une tribune pour le JDD.

Source : Daniel Keller dans le JDD : la faillite morale – Le Journal Du Dimanche 06/10/2023
La tragédie des 7 et 8 octobre a cruellement révélé la faillite morale de la France. En 1870 elle fut la cause de la défaite, en 1940 elle alimenta le cancer du pacifisme qui détruisit notre esprit de défense. Des guerres de décolonisation aux guerres d’Irak, l’idéologie des droits de l’homme conduisit au fil des décennies à prendre parti sans discernement pour les vaincus de l’Histoire parce que nous serions tous des citoyens du monde, comme on l’entend dans les manifestations aujourd’hui.
L’Occident est devenu un objet de haine qui s’alimente des ressentiments venus de toute part. C’est l’homme blanc occidental que nos compatriotes vouent aux gémonies en embrassant la cause des Palestiniens contre Israël. Dans l’imaginaire en vogue, le juif est la figure de cette insupportable réussite alors que le palestinien est le nouveau symbole des damnés de la terre. Peu importe au passage que les pays arabes se soient peu mobilisés en leur faveur depuis des plusieurs décennies et que certains d’entre eux se soient engagés dans un processus de paix avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham auxquels l’Arabie Saoudite devait se joindre.
Mais il y a plus préoccupant. La méconnaissance des longues heures du conflit israélo-palestinien souligne aussi l’inculture des jeunes générations si promptes à manifester place de la République au nom de la révolution permanente. Et que dire de la méconnaissance de la Shoah à un moment où des professeurs d’histoire expliquent s’autocensurer et enseigner la période du nazisme sans évoquer le sort tragique des juifs. Que dire également de cet antisémitisme d’atmosphère qui se répand par faiblesse et complaisance au nom d’émotions successives mises toutes sur le même plan, comme si l’antisémitisme était une opinion comme les autres, délestée du poids de la mémoire. Il conduit à stigmatiser le juif comme on ne l’avait plus vu depuis les années trente.
Dans une période qui a perdu toute boussole, on attendrait des élites qu’elles remettent en perspective les conflits qui jalonnent l’Histoire, rappellent que celle-ci demeure une aventure tragique et qu’on n’a jamais triomphé de ses ennemis en baissant la tête. On ne peut donc que s’alarmer en voyant les élites culturelles, médiatiques, sportives, voire politiques, se réfugier derrière une prétendue équivalence des crimes pour ne s’aliéner aucun camp.
On peut naturellement détester le débat sur la valeur des vies juives et palestiniennes. Mais là n’est pas le problème ! Au moment où un chef politique du Hamas nous explique que d’autres 7 Octobre devraient bientôt avoir lieu, notre pays n’échappera à l’indignité que s’il est capable de faire preuve de courage et d’inflexibilité en comprenant enfin que la paix ne naît pas du renoncement mais qu’elle est le toujours le terme d’un long combat et d’abnégation.
Au moment où l’ennemi nous désigne, car nous sommes les prochains sur la liste, c’est en montrant qu’on est prêt à se mobiliser qu’on pourra faire reculer cette nouvelle bête immonde. Ce combat devrait rassembler tous les mécréants qui sont pointés du doigt et dont des fanatiques veulent aujourd’hui débarrasser la planète.
Beaucoup de français ont voulu être Charlie lors des attentats ce 2015. C’est en ayant le courage de dire qu’aujourd’hui nous sommes tous des Israëliens que nous triompherons de nos lâchetés ! N’imaginons pas en effet que la paix puisse être le fruit du déshonneur.


