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VÉNÉRABLE MAÎTRE : DIRIGER UNE LOGE SANS DEVENIR LE CHEF DE LA LOGE

PLANCHES | 7 octobre 2026 | 0 | by A.S.

Être élu Vénérable Maître est souvent vécu comme un honneur. Et c’en est un. Mais c’est aussi une drôle de manière de découvrir que l’on vient d’accepter de gérer des humains, des susceptibilités, des rituels, des urgences, des absences, des apprentis à instruire, des conflits à éviter, des décisions à prendre… tout en restant calme, juste, fraternel et, si possible, digne derrière le maillet. Autrement dit : le Vénéralat commence souvent par une joie… et se termine par une seconde, celle de transmettre enfin le maillet à son successeur.

La fonction de Vénérable Maître est paradoxale. Il préside, coordonne, représente, tranche, veille au bon déroulement des travaux, à la formation des Apprentis et Compagnons, au respect du rituel, à la paix de l’atelier, à la solidarité et à la bonne organisation générale. Il s’appuie sur les Surveillants, l’Orateur, le Secrétaire, le Trésorier, l’Expert, le Maître des Cérémonies, l’Hospitalier, la Colonne d’Harmonie et tous les officiers de la loge. Mais au moment où tout fonctionne mal, chacun finit malgré tout par regarder vers lui.

LE VÉNÉRABLE N’EST PAS UN MONARQUE

Le fauteuil de l’Orient peut produire quelques illusions d’optique. Vu d’en bas, il paraît parfois élevé. Vu d’en haut, on découvre surtout qu’il est très exposé. Un Vénérable Maître ne devrait jamais confondre autorité et autoritarisme. Il n’est pas propriétaire de la loge, ni détenteur exclusif de la sagesse simplement parce qu’on lui a remis un maillet. Son rôle consiste moins à imposer qu’à faire travailler ensemble.

Un bon Vénérable ne cherche pas à être le plus brillant de l’atelier. Il essaie plutôt de faire en sorte que les autres puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Le maillet ne transforme pas automatiquement celui qui le tient en sage. Il lui rappelle surtout qu’il devra répondre de la manière dont il s’en sert.

LE MEILLEUR VÉNÉRABLE DU MONDE NE PEUT RIEN FAIRE SEUL

Une bonne année maçonnique ne dépend jamais uniquement du Vénérable. On peut élire le Frère le plus organisé, le plus expérimenté, le plus imaginatif et le plus disponible de la juridiction ; si les autres membres considèrent que leur travail consiste seulement à arriver cinq minutes avant l’ouverture et à repartir après les agapes, l’année risque d’être longue.

Une loge est une œuvre collective. Le Secrétaire qui prépare correctement les travaux, le Trésorier qui suit les comptes, les Surveillants qui accompagnent les Frères, l’Hospitalier attentif aux difficultés, l’Expert et le Maître des Cérémonies qui veillent au rituel : tous participent directement à la réussite de l’atelier. Le Vénérable coordonne l’orchestre. Il ne joue pas tous les instruments.

PUIS ARRIVE LE MOMENT OÙ IL FAUT DÉCIDER

C’est probablement la partie la moins visible de la fonction. Écouter est collectif. Discuter peut l’être aussi. Conseiller, proposer, débattre : tout cela se partage. Mais certaines décisions finissent par appartenir à celui qui préside. Et c’est là que la fonction devient parfois solitaire.

Décider ne consiste pas forcément à choisir ce que souhaite la majorité la plus bruyante. Il faut parfois entendre une minorité, arbitrer, chercher une solution intermédiaire ou simplement choisir ce que l’on estime être le mieux pour la loge. Évidemment, on se trompera parfois. Le Vénérable qui voudrait ne jamais commettre d’erreur aurait une solution extrêmement simple : ne jamais décider. Ce serait probablement sa plus grosse erreur.

UNE LOGE N’A PAS BESOIN D’UN VÉNÉRABLE PARFAIT

Il existe une tentation maçonnique assez curieuse : chercher pour chaque fonction le Frère idéal. Celui qui parle parfaitement, connaît le rituel par cœur, gère admirablement les conflits, maîtrise les règlements, possède du charisme, de l’humour, de l’autorité, de l’empathie et, si possible, ne part jamais en vacances. Autant dire que nous risquons d’attendre longtemps.

Le Vénéralat est justement une fonction de transformation. On ne devient pas Vénérable parce qu’on est arrivé au sommet du perfectionnement maçonnique. On accepte la fonction parce qu’elle va nous obliger à progresser : déléguer, écouter une critique sans immédiatement se défendre, supporter qu’un projet soit refusé, calmer celui que l’on aurait parfois envie de secouer et comprendre que l’autorité la plus efficace est souvent celle qui se voit le moins.

TOUS LES MAÎTRES DEVRAIENT-ILS UN JOUR PASSER PAR L’ORIENT ?

Si l’expérience est réellement initiatique, alors elle mérite d’être vécue par plusieurs Maîtres au fil du temps. Les personnalités changent, les styles aussi. Certains Vénérables seront très ritualistes, d’autres plus fraternels, d’autres encore excellents organisateurs ou grands animateurs de travaux. Et c’est précisément cette diversité qui peut enrichir une loge.

Une année ne devrait pas ressembler exactement à la précédente. Sinon, pourquoi changer de Vénérable ?

LE VÉNÉRABLE DOIT AUSSI SAVOIR DISPARAÎTRE

Peut-être est-ce finalement la dernière grande qualité de la fonction : savoir partir. Transmettre le maillet sans continuer ensuite à gouverner depuis le premier rang. L’Ex-Vénérable peut conseiller, soutenir, apporter son expérience. Mais il doit aussi laisser son successeur commettre ses propres erreurs et trouver son propre style.

La transmission véritable consiste aussi à accepter que l’autre ne fera pas exactement comme nous.

LE MAILLET EST PEUT-ÊTRE D’ABORD UN OUTIL POUR CELUI QUI LE TIENT

Nous imaginons volontiers le maillet comme l’instrument qui permet au Vénérable de conduire les travaux. Mais symboliquement, il pourrait aussi servir à autre chose : à travailler celui qui le tient.

Pendant un an, le Vénérable découvre ses limites, son impatience, son ego, sa capacité à écouter, à décider et à accepter la contradiction. Il découvre surtout que diriger une loge est beaucoup plus facile lorsque chacun sait exactement ce qu’il faudrait faire… jusqu’au jour où l’on se retrouve soi-même à l’Orient.

Alors oui, être élu Vénérable Maître procure deux joies. La première lorsqu’on vous remet le maillet. La seconde lorsque vous découvrez que quelqu’un est enfin prêt à vous le reprendre. Et entre les deux ? Il y a probablement une excellente année de travail sur soi.

Billet librement inspiré d’une réflexion de Rui Bandeira, publiée sur le blog « A Partir Pedra ».

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