C’est une mobilisation maçonnique d’une ampleur assez rare. Douze obédiences françaises ont conjointement interpellé le président de la République, le garde des Sceaux Gérald Darmanin et le Collège de déontologie des magistrats à propos d’un avis rendu le 9 juin 2026 concernant l’appartenance d’un magistrat à la franc-maçonnerie.
À l’origine de cette réaction, la réponse adressée par le Collège de déontologie à un magistrat souhaitant rejoindre la franc-maçonnerie. Le Collège estime notamment qu’une appartenance maçonnique pourrait être incompatible avec les obligations déontologiques d’un magistrat si elle impliquait une « allégeance ou une solidarité prioritaire ». Dans les autres cas, il appelle à une vigilance particulière concernant l’indépendance, l’impartialité et la neutralité du magistrat.
UNE RÉACTION MAÇONNIQUE SANS PRÉCÉDENT RÉCENT

Dans trois courriers datés du 7 septembre 2026, les douze obédiences dénoncent une approche qu’elles considèrent comme susceptible de nourrir la suspicion à l’égard des francs-maçons et de porter atteinte aux libertés d’association et de conscience.
Elles contestent également l’idée selon laquelle les liens fraternels ou les serments maçonniques pourraient constituer une allégeance supérieure aux lois de la République ou aux devoirs professionnels d’un magistrat. Elles rappellent qu’un magistrat confronté à une affaire impliquant une personne avec laquelle il entretient une relation personnelle peut, comme dans d’autres situations, se déporter.
Autre point particulièrement critiqué : selon Actu-Juridique, le Collège de déontologie s’est notamment appuyé sur la page Wikipédia consacrée à la franc-maçonnerie pour étayer son analyse, alors que les obédiences estiment qu’un sujet aussi sensible aurait mérité une documentation juridique, historique et universitaire plus approfondie.
LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA MAGISTRATURE APPELÉ À TRANCHER ?
Les obédiences demandent désormais au garde des Sceaux de saisir le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) afin que soit examinée précisément la compatibilité entre l’appartenance à une association maçonnique et les obligations déontologiques des magistrats.
Au cœur du débat se trouvent plusieurs principes fondamentaux : liberté d’association, liberté de conscience, respect de la vie privée, mais également les indispensables exigences d’indépendance et d’impartialité attachées à la fonction de magistrat.
Au-delà de la controverse juridique, cette affaire est également remarquable par l’unité affichée de douze obédiences, parfois très différentes dans leurs sensibilités et leurs traditions. Face à ce qu’elles considèrent comme une possible stigmatisation de l’appartenance maçonnique, elles ont choisi, cette fois, de parler d’une même voix.
Les douze signataires : Fédération Française du Droit Humain, Grand Orient de France, Grande Loge de France, Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, Grande Loge F


