Nous avons choisi ces principes. Nous n’avons donc aucune raison de les abandonner, de les remplacer ou de les altérer pour poursuivre notre chemin.
Ils constituent à la fois notre sécurité et notre liberté. Notre sécurité, parce qu’ils reposent sur des idées affinées au fil des siècles par des hommes soucieux de morale et d’éthique. Notre liberté, parce qu’ils nous ont appris à écouter véritablement et à regarder le monde avec attention et discernement.

C’est cependant avec une certaine appréhension que nous voyons s’effondrer autour de nous des édifices que nous pensions solides, tandis que d’autres se construisent avec le mortier de la haine, de la peur et de l’intolérance.
La tentation d’abandonner nous assaille parfois. Elle nous invite à rejoindre confortablement des groupes au sein desquels la seule responsabilité consiste à suivre docilement les ordres de ceux qui diffusent de fausses certitudes. Pourtant, beaucoup résistent à cette facilité, et nous voulons continuer d’être de ceux-là.
Nous croyons toujours qu’ensemble, nous pouvons aller plus loin. Nous croyons que la solidarité, la fraternité, le respect d’autrui, la tolérance, la justice sociale et la liberté ne sont pas de simples mots. Ce sont des réalités vivantes, qui doivent naturellement découler de notre perfectionnement moral et spirituel.
S’il demeure essentiel de respecter les principes fondamentaux de la Franc-maçonnerie, la manière dont ceux-ci sont vécus, transmis et diffusés doit faire l’objet d’une réflexion attentive et profonde.
La Franc-maçonnerie œuvre à l’amélioration de chaque être humain. Mais elle ne considère pas l’homme comme un individu isolé. Elle cherche à le perfectionner dans son rapport aux autres, au sein d’un groupe qui s’inscrit lui-même dans la société tout entière.
Le Franc-Maçon sait que, s’il possède des devoirs particuliers envers ses Frères, il ne peut oublier ceux qui le lient à l’ensemble de ses semblables. Tous appartiennent à un même tissu vivant, en perpétuelle transformation.
La Franc-maçonnerie doit donc être capable d’adapter ses modes d’action aux réalités culturelles, intellectuelles et sociales de chaque époque.
À l’intérieur du Temple, avec nos Frères, nous approfondissons les connaissances initiatiques. Mais celles-ci ne sauraient demeurer sans effet sur notre comportement à l’extérieur. Nous devons les mettre en pratique et en faire rayonner les valeurs sans les dénaturer, afin qu’elles puissent être comprises et respectées.
Nous entrons dans une époque où les variables seront probablement beaucoup plus nombreuses que les constantes. Les raisonnements exclusivement rationnels portent parfois une vision uniquement matérialiste du monde. Les technologies proclament leurs triomphes, alors même qu’elles peuvent conduire au désenchantement, à l’isolement et à la déshumanisation.
Fernando Pessoa, comme tant d’autres penseurs, aurait sans doute éprouvé de la compassion pour ceux qui se recroquevillent à l’intérieur des machines et n’osent plus regarder au-delà d’elles.
Les technologies ne doivent pourtant pas être rejetées. Elles doivent au contraire être utilisées avec discernement pour transmettre ce que nous pensons, expliquer qui nous sommes, rappeler ce que la Franc-maçonnerie a déjà apporté à l’humanité et faire connaître ce qu’elle demeure prête à accomplir.
Il ne s’agit évidemment pas d’ouvrir sans précaution les portes du Temple ni d’exposer de manière irresponsable l’essentiel de notre culture initiatique.
Il devient néanmoins nécessaire de mieux employer les moyens de communication désormais à notre disposition. Nous devons les utiliser avec mesure et intelligence afin de présenter nos valeurs, nos objectifs et notre conception de l’être humain.
À défaut, chaque espace et chaque instant seraient occupés par ceux qui diffusent l’opportunisme, la haine, le simplisme et les formes les plus grossières de propagande. La Franc-maçonnerie risquerait alors de s’effacer dans un crépuscule lointain, méconnue de ceux auxquels elle pourrait pourtant apporter une lumière.
Une autre réalité renforce encore l’urgence d’agir sans renoncer à nos principes : la mondialisation.
Nous n’avons presque pas eu le temps de nous interroger sur ce qu’elle allait devenir. À peine avions-nous commencé notre réflexion qu’elle était déjà présente, imposante, pénétrant l’ensemble des sociétés, des cultures et des modes de vie.
Cette question, largement abordée lors du Congrès international de la Franc-maçonnerie régulière organisé par la Grande Loge Légale du Portugal, doit également être étudiée au sein du Temple.
Nous devons chercher à comprendre la mondialisation et, dans la cohérence de nos formes d’intervention, examiner comment l’appréhender, comment y participer et de quelle manière elle peut influencer nos travaux.
Nous pouvons partir d’une certitude : la culture maçonnique n’est pas monolithique.
Elle a toujours cherché à contribuer à la création de modes de vie plus justes et plus libres pour tous. Fermement ancrée dans ses principes, elle demeure ouverte à son propre perfectionnement afin de mieux contribuer à celui de chaque être humain.
Son ambition est que l’humanité devienne progressivement plus unie, plus juste et davantage libérée de toutes les formes d’asservissement.
La Franc-maçonnerie poursuivra donc le même combat. Elle ne cherchera pas à bâtir dans un monde imaginaire ou inaccessible, mais dans la réalité concrète où nous vivons.
Elle continuera d’élever un Temple différent de tous les autres : un Temple en amélioration permanente, fidèle à ses principes fondamentaux, mais cherchant toujours à apporter des réponses aux inquiétudes propres à chaque époque.
D’un autre point de vue, la Franc-maçonnerie ne transmet que les connaissances que les hommes lui ont confiées. Elle ne peut travailler que sur ce que les hommes sont et sur ce qu’ils peuvent devenir. Elle ne possède finalement que ce que les hommes lui donnent.
Elle demeure cependant animée par une espérance constante : celle de rendre l’homme meilleur.
Il en a toujours été ainsi.
La liberté de penser et de créer est à l’origine de toute l’œuvre maçonnique. Elle implique le refus d’une pensée unique et la volonté de ne jamais cesser de questionner.
À chaque époque, la Franc-maçonnerie a formulé ses interrogations, proposé ses réponses et invité les Francs-Maçons à trouver en eux le courage de dialoguer avec la transcendance.
Dans des paroles à la fois prophétiques et porteuses d’un avertissement pour l’avenir, le pasteur James Anderson déclarait :
« Un Franc-Maçon ne sera jamais ni un athée stupide, ni un libertin irréligieux. »
D’après un texte de Rui Bandeira


