Être élu Vénérable Maître est un honneur. Mais c’est surtout une responsabilité. Car prendre place à l’Orient ne signifie pas devenir le chef incontesté de ses Frères, encore moins le propriétaire de sa Loge. Pourtant, certains semblent parfois l’oublier. Une fois installés dans leur fonction, ils découvrent les attraits du pouvoir et finissent par confondre autorité et autoritarisme, respect et soumission, leadership et domination.
Mais depuis quand le maillet donne-t-il le droit de faire taire les consciences ?

Le Vénérable Maître est avant tout celui qui doit guider, rassembler et faire progresser. Sa mission n’est pas d’imposer sa volonté, mais de créer les conditions permettant à chacun de travailler et de s’épanouir. Il doit écouter, arbitrer, encourager les initiatives et accepter la contradiction. Un Frère qui n’entend que des approbations autour de lui devrait peut-être s’interroger : dirige-t-il une Loge ou a-t-il simplement constitué sa cour ?
L’autorité maçonnique ne se décrète pas, elle se mérite. L’ancienneté, les grades et les honneurs ne garantissent ni la sagesse ni les qualités humaines nécessaires à cette fonction. Être un excellent Maître Maçon ne signifie pas automatiquement savoir conduire des hommes. Il faut de l’humilité, de la diplomatie, de la justice et surtout cette capacité essentielle à reconnaître ses propres erreurs.
Une Loge ne vit pas uniquement de rituels parfaitement exécutés. Elle vit de l’engagement de ses membres, de la qualité des travaux, de la richesse des échanges et de la fraternité réellement vécue. Lorsque les absences se multiplient, que les Frères se désintéressent des tenues et que les initiatives disparaissent, il serait trop facile d’accuser uniquement ceux qui ne viennent plus. Le Vénérable Maître doit aussi se demander ce qui, dans sa manière de conduire l’atelier, a pu contribuer à cette situation.
Bien entendu, il ne porte pas seul la responsabilité de la vie de la Loge. Chaque Frère, chaque officier et chaque membre a sa part dans la construction collective. Mais celui qui tient le premier maillet donne nécessairement une impulsion et imprime une orientation.
Le véritable test d’un Vénérable Maître intervient surtout au moment où il quitte l’Orient. A-t-il laissé une Loge plus fraternelle, plus dynamique et plus instruite ? A-t-il préparé sa succession ? A-t-il encouragé les jeunes Frères à prendre des responsabilités ? Ou a-t-il simplement cherché à rendre sa présence indispensable ?
Un bon Vénérable Maître ne cherche pas à être admiré, encore moins à être craint. Il cherche à faire grandir ses Frères. Il ne construit pas autour de sa personne, mais autour d’un idéal commun.
La Franc-maçonnerie proclame la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Ces valeurs ne devraient pas s’arrêter aux portes du Temple ni disparaître lorsque certains accèdent à des responsabilités.
Le maillet n’est pas un sceptre. Il est un instrument de travail et le symbole d’une charge temporaire.
Alors, posons-nous franchement la question : avons-nous besoin de Vénérables Maîtres qui veulent exercer le pouvoir ou de Frères capables d’incarner l’exemple ?
Car la grandeur d’un Vénérable Maître ne se mesure pas au temps pendant lequel il occupe l’Orient, mais à ce qu’il laisse derrière lui lorsqu’il le quitte.


