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LE TABOU DE LA POLITIQUE ET DE LA RELIGION EN FRANC-MAÇONNERIE TUE-T-IL NOTRE IDÉAL ?

PLANCHES | 22 octobre 2026 | 0 | by A.S.

« On ne parle ni de politique ni de religion en Loge. » Dès nos premiers pas en franc-maçonnerie, cette règle résonne comme un dogme absolu. L’objectif est louable : éviter les passions profanes, prévenir les divisions et cultiver l’unité fraternelle — ce fameux Storgê (l’amour familial) cher à l’écrivain C.S. Lewis. Pourtant, en fuyant systématiquement ces sujets, ne sommes-nous pas en train de paralyser notre propre démarche initiatique ?

Aujourd’hui, l’évocation d’opinions divergentes provoque peur et anxiété dans la société. Dominés par la « dissonance cognitive » – ce refus émotionnel viscéral d’accepter une information qui contredit nos convictions –, nous avons perdu l’art d’écouter. Les réseaux sociaux ont aggravé ce fléau, plongeant beaucoup d’entre nous dans un analphabétisme intellectuel où l’on réagit à chaud à des titres accrocheurs sans jamais chercher à analyser le fond.

Mais la franc-maçonnerie ne devrait-elle pas être précisément l’antidote à cette superficialité ?

Le sens perdu de la « Science morale progressiste »

Nous aimons définir notre Ordre comme une « Science morale progressiste ». Mais prenons-nous encore la peine de comprendre le poids de ces mots dans leur contexte historique ?

  • Progressiste : Dès le XVIIe siècle, ce terme désignait la volonté d’appliquer un idéal menant à des réformes sociales.
  • Morale : Ce mot ne se limite pas à la vertu intime ; il englobe les coutumes, le caractère et la juste conduite de l’individu dans la société.
  • Science : L’application concrète et tangible de la connaissance.

L’équation est claire : l’Art Royal a été conçu comme un moteur d’action et d’amélioration de la condition humaine. Or, comment pouvons-nous prétendre façonner une société meilleure si nous nous interdisons formellement de débattre des règles politiques et des fondements moraux qui la régissent ?

Une démission face à la Cité

Au fil du temps, nos gouvernements modernes ont absorbé la charge des réformes sociales, unissant inévitablement les enjeux politiques aux convictions morales et religieuses des citoyens. Face à cette fusion, la franc-maçonnerie a souvent préféré battre en retraite.

Par peur d’enfreindre la fameuse règle de neutralité, la moindre idée visant à dénoncer une injustice locale ou à bâtir un projet communautaire en Loge est parfois rejetée, accusée à tort de basculer dans le « politique ». Résultat ? Notre action se résume trop souvent à signer des chèques pour des œuvres caritatives, sous-traitant ainsi notre devoir de bâtisseurs à d’autres organisations. En refusant de débattre des maux de la société, nous nous condamnons à l’inaction.

Apprendre à débattre plutôt que d’interdire

En nous privant du droit d’aborder ces grands enjeux en Loge, nous neutralisons notre capacité à pratiquer la franc-maçonnerie selon son objectif originel.

La solution n’est pas de fuir les sujets sensibles, mais de réapprendre à les aborder. La Loge devrait être le lieu par excellence où l’on renoue avec le Trivium antique (Grammaire, Rhétorique et Logique) : apprendre à écouter sans juger, à poser les bonnes questions, à assimiler la pensée de l’autre et à formuler un discours constructif.

C’est uniquement en faisant l’effort inconfortable de nous mettre véritablement à la place de notre Frère que nous pourrons harmoniser nos valeurs. Au lieu d’interdire la politique et la religion, formons-nous au dialogue éclairé. Ce n’est qu’à ce prix que la Science Morale Progressiste retrouvera sa force d’action pour, enfin, laisser ce monde un peu meilleur que nous ne l’avons trouvé.

(D’après les réflexions de Robert H. Johnson)

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