Il arrive un moment, souvent après deux ou trois années de loge, où le franc-maçon peut croire qu’il maîtrise enfin les usages, les symboles et le rituel. Quelques lectures, un premier office et une certaine aisance dans le Temple suffisent parfois à faire naître une dangereuse certitude : celle d’en savoir assez pour corriger les autres.

L’Apprenti silencieux d’hier devient alors le gardien sourcilleux de la Tradition. Il reprend publiquement le nouveau Frère, soupire devant une maladresse et rappelle volontiers comment les choses « doivent » être faites.
Pourtant, connaître le rituel ne signifie pas nécessairement en avoir compris l’esprit. Un office n’est pas un piédestal, un degré n’est pas un brevet de sagesse et l’ancienneté ne dispense jamais de l’humilité.
La transmission est indispensable, mais elle ne devrait jamais humilier. Une remarque fraternelle se formule avec bienveillance, au bon moment et, autant que possible, en privé. Corriger ne consiste pas à démontrer sa supériorité, mais à aider l’autre à progresser.
La franc-maçonnerie est un apprentissage qui ne s’achève jamais. Celui qui pense tout savoir a probablement cessé de travailler sur lui-même. À l’inverse, celui qui avance véritablement découvre chaque jour l’étendue de ce qu’il ignore.
Après deux ans, le franc-maçon croit parfois avoir tout compris. Après vingt ans, il comprend peut-être qu’il demeure, au fond, un éternel Apprenti.


