Le calendrier profane, toujours avide de rituels de substitution, impose aujourd’hui sa scansion dogmatique : on se souvient sur commande. La foule se presse dans les allées des nécropoles, les bras chargés de chrysanthèmes, pour un simulacre de mémoire qui ne dure que le temps que fane la fleur. C’est le triomphe de la mort-spectacle, celle que la société s’empresse de remiser au placard dès le lendemain matin pour retourner à l’ivresse aveugle de ses métaux.

Mais pour l’initié, quel sens accorder à cette nécrophilie saisonnière ? La Franc-Maçonnerie n’a que faire de cet apitoiement de calendrier. Le rituel nous enseigne de la manière la plus abrupte que la mort n’est pas une case rouge sur l’almanach, mais le prérequis absolu de toute Lumière. Nous n’avons pas attendu le 1er novembre pour mourir. Avant même de recevoir la Lumière, nous avons fait l’épreuve de la terre, des ossements et du sablier dans le silence sépulcral du Cabinet de Réflexion.
Là où le profane voit un caveau glacé, une fin tragique ou un mystère terrifiant, le maçon perçoit le creuset alchimique. V.I.T.R.I.O.L. La putréfaction n’est pas une défaite, c’est l’œuvre au noir indispensable pour que germe l’homme véritable. Le drame de notre époque n’est d’ailleurs pas que les hommes meurent, c’est qu’ils vivent comme s’ils étaient immortels, s’accrochant à leurs vanités matérielles jusqu’au bord de la tombe.
Rappelons-nous le mythe fondateur. Le Maître Hiram est tombé sous les coups de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition. La chair quitte les os, tout se désunit. Mais les Maîtres envoyés à sa recherche ne sont pas restés éternellement prostrés autour du tumulus fraîchement remué. L’Acacia leur était connu. Et cet Acacia fleurit en toute saison, bien au-delà de la Toussaint.
Le véritable hommage que nous devons à ceux qui ont rejoint l’Orient Éternel ne consistera jamais à désherber du marbre froid une fois l’an pour apaiser notre conscience. La fidélité initiatique exige une autre trempe : elle consiste à ramasser le maillet et le ciseau là où nos prédécesseurs les ont laissés choir, à prendre notre juste place sur les Colonnes, et à continuer, inlassablement, la construction du Temple. Laissons les profanes pleurer sur des pierres ; notre devoir est de les tailler.
Réflexion de GADLU.INFO


