À Cuba, la franc-maçonnerie continue de faire vivre ses traditions, ses symboles et ses engagements fraternels. Dans un remarquable reportage photographique publié le 23 septembre 2026, le média indépendant Havana Times nous ouvre les portes d’une loge cubaine réunie pour rendre un dernier hommage à l’un de ses membres. Un témoignage émouvant qui rappelle que, derrière les rituels et les symboles, la franc-maçonnerie est avant tout une aventure profondément humaine.
UNE CÉRÉMONIE FUNÈBRE AU CŒUR DE LA FRANC-MAÇONNERIE CUBAINE

Les photographies de Néster Núñez nous plongent dans l’atmosphère solennelle d’une cérémonie funèbre maçonnique. Ce dimanche-là, une loge masculine cubaine s’est réunie, vêtue de blanc, pour accompagner un Frère qui a rejoint l’Orient éternel. Les bougies sont allumées, l’encens s’élève et les prières accompagnent les derniers instants de cette cérémonie chargée d’émotion.
Puis vient un geste particulièrement saisissant : les Frères frappent trois fois sur le cercueil et appellent celui qui vient de les quitter. Mais aucune réponse ne leur parvient. Un maillon manque désormais à la chaîne fraternelle.
Cette scène, capturée par l’objectif du photographe, exprime toute la force du symbolisme maçonnique face à la mort. Le disparu laisse derrière lui ses paroles, ses actes et le souvenir de ce qu’il a transmis. La chaîne d’union est momentanément incomplète, mais la fraternité continue de vivre à travers ceux qui restent.
À CUBA, LA LOGE DEMEURE UN ESPACE DE FRATERNITÉ ET D’APPARTENANCE
Au-delà de la cérémonie, ce reportage apporte un éclairage intéressant sur la place de la franc-maçonnerie dans la société cubaine contemporaine. Dans un pays où de nombreux espaces de rencontre et d’appartenance se sont progressivement réduits, la loge apparaît comme un lieu où des hommes peuvent se retrouver, partager des valeurs et assumer une responsabilité envers les autres.
La franc-maçonnerie cubaine ne se limite donc pas à la conservation de traditions anciennes. Elle constitue également un espace de sociabilité, de solidarité et de transmission, dans lequel les liens humains occupent une place essentielle.
Le reportage rappelle ainsi une dimension parfois oubliée de l’engagement maçonnique : la fraternité ne se mesure pas uniquement à la participation aux travaux rituels, mais également à la capacité d’accompagner les autres dans les moments les plus difficiles.
UNE FRANC-MAÇONNERIE ATTACHÉE À SON AUTONOMIE
Cette immersion photographique intervient également dans un contexte particulier. Havana Times évoque les tensions récentes au sein de la franc-maçonnerie cubaine autour de la désignation de ses responsables et de l’autonomie de ses institutions. Plus d’une centaine de francs-maçons s’étaient notamment réunis à La Havane pour soutenir un dirigeant qu’ils considéraient, conformément à leurs propres règles, comme leur représentant légitime.
Ces événements illustrent une autre réalité de la vie maçonnique à Cuba : la volonté de ses membres de préserver leur capacité à décider collectivement de l’avenir de leur institution. Le reportage ne cherche toutefois pas à résoudre ces différends. Il montre surtout que, malgré les tensions institutionnelles, la vie fraternelle se poursuit au sein des loges.
QUAND LA CHAÎNE D’UNION DEVIENT PLUS QU’UN SYMBOLE
Ce qui frappe dans ce reportage, c’est la simplicité du message qui se dégage de la cérémonie. La franc-maçonnerie n’y apparaît ni comme une institution mystérieuse ni comme une organisation figée dans ses traditions, mais comme une communauté d’hommes confrontés à l’une des expériences les plus universelles : la disparition d’un être cher.
La chaîne d’union prend alors une signification particulièrement concrète. Elle rappelle que chaque membre participe à une œuvre collective qui le dépasse et dont la continuité dépend de ceux qui lui succèdent.
La disparition d’un Frère ne met pas fin à son travail : celui-ci se prolonge dans les gestes, les paroles et les actions de ceux qu’il a inspirés.
À travers ses photographies, Néster Núñez nous offre ainsi un regard sensible sur une franc-maçonnerie cubaine bien vivante. Une franc-maçonnerie qui, malgré les difficultés et les transformations de la société, continue de cultiver la fraternité, l’entraide et la transmission.
Car au fond, qu’elle se trouve à La Havane, à Paris ou ailleurs, une loge ne se définit pas seulement par ses murs, ses décors ou ses rituels. Elle se reconnaît aussi à la manière dont ses membres prennent soin les uns des autres, jusque dans l’épreuve de la séparation.


