À la veille d’une conférence publique organisée à Castelsarrasin par la loge de Moissac « Le Réveil du Quercy », l’historienne Cécile Révauger revient dans La Dépêche du Midi sur trois siècles d’évolution maçonnique, la place des femmes, la liberté de conscience et le rôle que peut encore jouer la franc-maçonnerie dans la société contemporaine.
Professeure émérite à l’université Bordeaux Montaigne et spécialiste reconnue de l’histoire de la franc-maçonnerie, Cécile Révauger a consacré une grande partie de ses recherches aux Lumières, à la maçonnerie anglaise et américaine du XVIIIᵉ siècle ainsi qu’à l’histoire des femmes en franc-maçonnerie. Dans l’entretien publié ce 2 octobre 2026, elle rappelle combien l’institution a évolué depuis ses débuts : exclusion initiale des femmes, des athées et des esclaves dans certaines traditions, apparition des loges d’adoption au XVIIIᵉ siècle, puis développement progressif de la mixité et de la maçonnerie féminine en France.

UNE FRANC-MAÇONNERIE TRÈS LIÉE AUX ÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ
L’un des fils rouges de son propos est clair : la franc-maçonnerie ne vit jamais complètement en dehors de son époque. Cécile Révauger souligne que ses structures et ses pratiques ont toujours évolué avec les transformations culturelles et sociales. Elle note notamment qu’en France, les femmes disposent de loges spécifiquement féminines depuis 1945, même si elles restent encore minoritaires dans certaines instances dirigeantes.
Cette dimension historique nourrit directement le thème de la conférence qu’elle donnera le 3 octobre à Castelsarrasin : « Être franc-maçon, être franc-maçonne au Grand Orient de France au XXIᵉ siècle ». Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France, doit également être présent dans le Tarn-et-Garonne à cette occasion.
« IL NE FAUT PAS SE TAIRE AUJOURD’HUI »
Interrogée sur le climat actuel, l’historienne estime que les francs-maçons ne doivent pas céder à la peur ni se replier. Elle cite les menaces récemment reçues par Guillaume Trichard et défend l’intérêt des conférences publiques pour expliquer ce qu’est réellement la franc-maçonnerie. Elle affirme également que le GODF entend rester attaché à la liberté de conscience, à la laïcité et à ce qu’elle appelle « l’esprit des Lumières ».
Sur le terrain politique, Cécile Révauger formule aussi une position explicite : elle dit souhaiter un projet « vraiment républicain » et exprime son opposition aux discours xénophobes et à l’exclusion d’une partie de la population. Cette prise de position lui appartient et s’inscrit dans l’entretien consacré à la place du Grand Orient de France dans la société actuelle.
LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE AU CŒUR DU MESSAGE
Au-delà de l’actualité politique, l’entretien revient surtout sur deux principes que Cécile Révauger présente comme centraux : la liberté de conscience et la laïcité. Elle défend une conception de la laïcité fondée sur la séparation des Églises et de l’État, ainsi que sur la liberté de croire ou de ne pas croire.
Cette intervention illustre aussi une tendance de plus en plus visible dans la franc-maçonnerie contemporaine : sortir davantage du huis clos des temples pour expliquer publiquement son histoire, ses valeurs et ses débats internes. Pour Cécile Révauger, cette ouverture constitue une manière de répondre aux préjugés et aux représentations caricaturales qui continuent d’entourer l’institution.
Trois siècles après les premières loges des Lumières, la question demeure finalement la même : comment rester fidèle à une tradition initiatique tout en continuant à répondre aux enjeux d’une société qui change ?
Source : La Dépêche du Midi – Entretien avec Cécile Révauger, 2 octobre 2026


