Il existe parfois, en franc-maçonnerie, une étrange impatience.
À peine initié, certains regardent déjà vers le grade suivant. À peine Compagnon, ils pensent à la Maîtrise. Et une fois Maître, voilà que commencent les questions sur les « hauts grades », les décors, les cordons, les titres et les degrés à gravir.
Comme si la franc-maçonnerie était une échelle.
Comme si monter signifiait nécessairement progresser.

Et pourtant, tout commence – et peut-être tout se trouve déjà – dans les trois grades symboliques : Apprenti, Compagnon et Maître.
L’Apprenti apprend à regarder, à écouter et surtout à se taire. Il découvre sa pierre brute et comprend progressivement que le premier chantier maçonnique n’est pas le monde : c’est lui-même.
Le Compagnon se met en mouvement. Il observe, compare, voyage, confronte ses certitudes et découvre que la connaissance n’est jamais un acquis mais un chemin.
Puis vient le Maître.
Non pas celui qui sait tout.
Mais, précisément, celui qui devrait avoir compris tout ce qu’il lui reste à apprendre.
C’est peut-être là l’une des plus belles leçons du symbolisme maçonnique : le véritable progrès initiatique ne se mesure ni au nombre de degrés reçus, ni à la longueur d’un cordon, ni à l’éclat d’un décor.
On peut posséder quantité de titres et être encore bien maladroit avec son maillet.
On peut aussi ne porter qu’un simple tablier et avoir profondément compris ce que signifie travailler à sa propre transformation.
Les grades symboliques ne sont donc pas une antichambre de la franc-maçonnerie.
Ils sont la franc-maçonnerie.
Tout le reste peut approfondir, développer, éclairer autrement certains symboles. Mais rien ne remplacera jamais le travail commencé au premier degré : dégrossir patiemment cette pierre que nous sommes.
Il existe aussi une autre tentation, plus discrète : celle de confondre progression initiatique et accumulation. Accumuler les degrés, les fonctions, les titres ou les responsabilités peut donner l’impression d’avancer. Mais l’initiation ne se collectionne pas. Elle se travaille. Elle se vérifie dans la manière d’écouter, de parler, de transmettre, de douter, de supporter la contradiction et, surtout, de rester humble lorsque l’on croit avoir compris.
Car le véritable Maître maçon n’est peut-être pas celui qui est allé le plus loin dans les degrés, mais celui qui revient sans cesse aux fondamentaux. À la pierre brute. Au silence. Au travail. À cette exigence simple et redoutable : devenir un peu meilleur qu’hier sans jamais se croire arrivé.
Toute la profondeur de la voie symbolique est peut-être là : avancer sans oublier le premier pas.
Et peut-être faudrait-il parfois moins chercher à savoir quel sera notre prochain grade, et davantage nous demander :
Sommes-nous seulement devenus l’Apprenti, le Compagnon ou le Maître que notre tablier prétend que nous sommes ?
Voilà une question qui pourrait occuper toute une vie maçonnique.
D’après une réflexion de José Castellani, extraite de « Liturgie et rituel du grade de Maître Maçon », publiée notamment sur Freemason.pt.



Bonjour
Nombre de FF déjà maîtres disent aux apprentis et compagnons, qu’effectivement tout est dans les grades bleus. Le reste est donc bien du travail à faire sur soit et si possible avec les réels maîtres, qui, intérieurement et pendant des années, ont su augmenter en conscience. Le temps d’arriver au grade du maître peut prendre moins de trois années selon les loges qui désirent gérer les postes rapidement ou plus selon les grandes loges, mais cela ne change pas la donne au regard de l’objectif de la FM. Sur quelles bases profondes et évolution spirituelle, celle qui change par soi-même les fausses idées et conditions diverses, sur quel changement réel du verbe et de l’écrit planché se base-t-on, et surtout quels actes nouveaux sont constatés par ceux qui décident de faire monter les grades ? Au risque de se retrouver rapidement officier et un jour VM de sa loge sans avoir vraiment buriné sa pierre et viser le 4éme degré et les suivants comme preuve du besoin de reprendre les outils, mais plutôt vu souvent comme une médaille face aux grades bleus. Jadis les maçons opératifs étaient vu extérieurement au regard de leurs œuvres taillées et les maîtres leur apprenaient réellement les outils. Le symbolisme devient un mythe avec le temps surtout en visant la spéculation. Redevenir ou rester humble selon chacun.
Fraternellement