Chaque été, la France se divise en deux camps : les juillettistes et les aoûtiens. La franc-maçonnerie n’échappe pas à cette grande querelle saisonnière. Les premiers partent tôt, persuadés d’avoir choisi le calme, les bonnes affaires et les plages encore respirables. Les seconds attendent août, convaincus que les vraies vacances ne commencent qu’avec les bouchons, les locations hors de prix et les serviettes posées à l’aube.
Le franc-maçon juillettiste prépare son départ comme une tenue : itinéraire précis, valise ordonnée, lectures soigneusement sélectionnées. Il emporte souvent un livre maçonnique qu’il ne lira pas et une planche qu’il promet d’avancer. Au retour, il expliquera qu’elle a « beaucoup mûri intérieurement ».

L’aoûtien, lui, transforme chaque difficulté en épreuve initiatique. Le bouchon devient une leçon de patience, la plage bondée un exercice de fraternité universelle et la recherche d’une place de stationnement une véritable quête symbolique. Même le voisin de camping bruyant lui offre l’occasion de travailler sur lui-même, parfois avec un succès très relatif.
Pendant ce temps, les temples se taisent, les maillets reposent et les colonnes se vident. Mais le travail ne s’arrête pas vraiment. Il se poursuit devant un coucher de soleil, sur un sentier, autour d’un repas ou dans une conversation imprévue. La pierre brute ne prend pas de congés ; elle change simplement de chantier.
Et puis il y a ces rencontres estivales où deux francs-maçons se reconnaissent presque par hasard : une bague, un symbole, une phrase discrète. Cinq minutes plus tard, ils parlent rites, obédiences et avenir de la franc-maçonnerie pendant que leurs proches se demandent comment une discussion sur la météo a pu tourner ainsi.
Au fond, juillettistes et aoûtiens recherchent exactement la même chose : souffler, ralentir et retrouver un peu de lumière. Les uns partent quand les autres reviennent, puis tous se retrouvent à la rentrée, bronzés, reposés… et déjà en retard pour la première tenue.
Car le franc-maçon peut quitter le temple, mais rarement le chemin.
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