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UNE MORALE MAÇONNIQUE

Il est peu de textes maçonniques où la morale ne soit invoquée. Vice et Vertu, Bien et Mal, Conscience et Devoir, Loi morale … Autant de références qui jalonnent rituels et textes fondateurs. Mais de quelle morale s’agit-il ? Celle des Constitutions de 1723 ? Celle qui animait certains frères communards ? Celle d’Arthur Groussier ? Chercher des points communs est ardu, trouver une originalité encore plus …

Au hasard des sites, on peut lire : « La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement moral de l’humanité. » (GLDF) « Ses membres cherchent, avant tout, à réaliser sur la terre et pour tous les humains le maximum de développement moral, intellectuel et spirituel, condition première du bonheur » (DH international). Et, bien sûr, l’article 1er de la Constitution du GODF, repris par la GLMF et la GLFF : « La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. »

Mais de quelle morale s’agit-il ? Peut-on dire que la « morale sublime, la morale commune à toutes les nations » que l’on enjoint au récipiendaire de ne jamais oublier dans le rituel du Régulateur du Maçon de 1801 . En précisant, à vrai dire, qu’il s’agit de la règle d’or de… est du même ordre que « l’étude de la morale » que l’on retrouve dans le rituel codifié par Arthur Groussier au XXème siècle ? Quelle est la « vraie morale » dont certains rituels nous vantent le « trésor », et suffit-il d’être « de bonnes mœurs », comme le réclament les Constitutions d’Anderson, pour l’incarner ? La morale, est-ce « construire des cachots aux vices et des temples à la vertu » ? Est-ce « l’énergie morale sans laquelle l’être humain ne peut vaincre ou surmonter les difficultés qu’il éprouve », est-ce ce qui permet « d’améliorer à la fois l’être humain et la société ?

4Ene fait, la question première n’est pas tant celle de la définition d’une morale maçonnique que celle de son existence même. Peut-on soutenir qu’il y a une morale maçonnique ?

En réunissant des « hommes bons et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer », les Constitutions de 1723 posaient le but et les moyens d’une utopie de concorde universelle par l’exercice du Bien

5La Franc-maçonnerie que, par commodité, on appelle « andersonienne », accuse réception du modèle dont elle s’inspire : celui des cercles intellectuels fréquentés par ses fondateurs et, en premier lieu, par Jean-Théophile Desaguliers, tête pensante de « l’opération Grande Loge de Londres [3][3]Le nom complet est Royal Society for the Improvement of Natural… ». La Royal Society .Qualificatif donné plaisamment par Alain Bauer et Roger Dachez…, think tank avant l’heure, est un laboratoire d’idées, d’étude, de recherche expérimentale et de spéculations scientifiques, métaphysiques, alchimiques aussi. Il y est, à vrai dire, peu question de morale, sinon comme élément possible de réflexion sur l’organisation politique ; car, précisément, la morale n’est pas une science spéculative. Son but n’est pas d’expliquer ce que sont les choses mais d’établir un code de lois qui s’impose aux activités individuelles.

6Ce ne fut pas seulement une nouvelle société savante qu’instituèrent les fondateurs, mais un espace inédit : celui d’une fraternité initiatique réunissant des « hommes bons et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer (…). Ainsi la Maçonnerie deviendrait le Centre de l’union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées .

7Étaient ainsi posés le but et les moyens d’une utopie de concorde universelle par l’exercice du Bien. Dans des pays exsangues, ravagés par les guerres de religion et les luttes de dynasties, ce pari de réconciliation et d’harmonie, ancré dans le choc des contraires, était pour le moins audacieux.

8Cependant, n’était-il pas déjà dans l’air du temps ? Il est saisissant de constater que, quatre ans après la fondation de la Grande Loge de Londres, paraissent les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, de Montesquieu, où l’on peut lire : « (… ) une union d’harmonie, qui fait que toutes les parties, quelque opposées qu’elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l’accord total. Il peut y avoir de l’union dans un État où l’on ne croit voir que du trouble (…) Il en est comme des parties de cet univers, éternellement liées par l’action des unes et la réaction des autres. »

Cette conception dynamique, dialectique, de la recherche d’unisson est aussi d’une étonnante modernité. N’y reconnaît-on pas « les oppositions nécessaires et fécondes » de certains de nos rituels contemporains ?

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A.S.:

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  • Question primaire et essentielle : est-il moral de manger son prochain pour survivre comme cela a été lors d'un crash dans les Andes ou se laisser mourir dans la dignité de soi ?
    Pour l'avoir constaté, j'ai vu une femelle mulot en captivité dévorer ses petits. Etait-ce pour survivre ou éviter à ses petits la douleur de la privation de Liberté? Je n'ai pas la réponse.
    Confronté à une telle situation, manger mon congénère, même si je ne l'ai pas tué, pour retarder ma mort, j'opte résolument d'attendre dignement, moralement et sereinement ma fin en me remémorant les évènements les plus joyeux de mon existence et s'il m'est possible d'en laisser un témoignage écrit. C'est un point de vue auquel je n'invite personne à adhérer. A chacun son, ses choix.